(AOF) - Stellantis (-23,86%, à 6,22 euros) s'effondre ce vendredi et ferme la marche de l'indice phare d ela place parisienne après plusieurs annonces. Les investisseurs retiennent surtout celle concernant des charges exceptionnelles de 22,2 MdEUR au second semestre. Le constructeur automobile multi-marques a ainsi procédé à une évaluation approfondie de sa stratégie et des coûts associés dans le cadre de ce qu’il appelle son « reset », qui doit servir à la préparation du nouveau plan stratégique qui sera dévoilé au mois de mai.
Ce " reset " a donc entraîné des charges exceptionnelles de 22,2 MdEUR exclues de l'AOI (adjusted operating income) pour le second semestre 2025, y compris des sorties de cash d'un montant total de 6,5 MdEUR, qui devraient être effectuées au cours des quatre prochaines années.
Sur ce montant de 22,2 MdEUR, 14,7 MdEUR sont liés au réalignement des plans produits avec les attentes effectives des clients et avec les nouvelles réglementations en matière d'émission aux Etats-Unis. Ensuite, 2,1 MdEUR seront consacrés au redimensionnement de la chaîne d'approvisionnement des véhicules électrifiés. Enfin, 5,4 milliards d'euros sont liés à d'autres changements dans les activités de l'entreprise.
Pour Jefferies, il s'agit de charges records et nettement plus élevées que prévu. Chez UBS, c'est négatif, mais il s'agit peut-être du grand nettoyage attendu.
En toute logique, face à la perte nette enregistrée sur l'exercice 2025, Stellantis ne versera pas de dividende annuel en 2026. En parallèle, le conseil d'administration de la société a autorisé l'émission d'obligations hybrides perpétuelles subordonnées non convertibles, pour un montant maximum de 5 MdEUR. Ces mesures sont destinées à préserver la solidité du bilan et des liquidités tandis que l'entreprise travaille à rétablir la génération d'un flux de trésorerie industriel positif.
A fin 2025, les liquidités industrielles disponibles s'élevaient à environ 46 MdEUR soit un ratio de 30% par rapport au chiffre d'affaires net de 2025, dans le haut de la fourchette du ratio de 25 à 30% que l'entreprise s'est fixée comme objectif.
Le groupe a également annoncé la cession, à LG Energy Solution, de sa participation de 49% qu'il détenait dans NextStar Energy, une coentreprise créée avec LG Energy Solution. Cette société a été constituée afin de construire la première usine de production de batterie à grande échelle au Canada.
Résultats préliminaires du second semestre et objectifs 2026
Stellantis a indiqué que son chiffre d'affaires net et les free cash flows industriels ont progressé entre juillet et décembre par rapport au premier semestre. Toutefois, les résultats ont été affectés par des éléments spécifiques entraînant une marge opérationnelle courante pour le second semestre 2025 inférieure à la prévision, qui était d'une marge à un chiffre dans le bas de la fourchette.
Chez AlphaValue et Jefferies, les analystes ont relevé que les résultats préliminaires révélaient un chiffre d'affaires net compris entre 78 et 80 MdEUR au second semestre. Sur la même période, la perte opérationnelle ajustée devrait s'établir entre 1,2 et 1,5 MdEUR.
Pour l'exercice 2026, l'entreprise prévoit d'améliorer à la fois son chiffre d'affaires, sa marge AOI et sa génération de trésorerie. Parallèlement, ces éléments devraient connaître une croissance entre le premier et le second semestre 2026.
Pour AlphaValue, les perspectives de l'exercice en cours sont prudentes avec une croissance des revenus à un chiffre (dans le milieu de la fourchette), une marge opérationnelle ajustée comprise entre 1 et 3% (incluant un impact net des tarifs douaniers d'environ 1,6 milliard d'euros), et une amélioration du free cash-flow sur un an, avec un retour à un flux de trésorerie positif en 2027. Les analystes estiment que ces prévisions sont globalement conformes aux attentes, à l'exception du free cash-flow.
Partant, AlphaValue recommande la prudence et reste sceptique quant à la capacité de Stellantis à reconstruire de manière significative ses parts de marché aux Etats-Unis et en Europe, sans recourir massivement aux remises tarifaires et aux ventes de flotte.
Chez Jefferies, la recommandation sur le titre reste à acheter, avec une cible de cours de 13EUR, ce qui représente un potentiel de hausse de 59%.
Pour UBS, compte tenu de l'ampleur du nettoyage complet du bilan et de la prudence des perspectives, la réaction du marché devrait être négative. Les analystes de la banque suisse ne se sont pas trompés, à la vue de la baisse du titre. Cependant, ce nettoyage, combiné au redressement opérationnel en cours en Amérique du nord et à des fondamentaux solides conforte UBS dans l'idée que Stellantis reste un dossier de " redressement " attractif pour les trimestres à venir. L'avis est à l'achat avec une cible de 12EUR.
AOF - EN SAVOIR PLUS
Points-clés
- Sixième groupe automobile mondial -3ème américain avec 7,8 % de parts de marché et 2ème européen avec 16,4 %, né en janvier 2021 de la fusion Groupe Peugeot-Fiat Chrysler ;
- Chiffre d’affaires de 156,9 Mds€ réalisé sous 14 marques - Alfa Romeo, Chrysler Citroën, DS, Jeep, Opel, Peugeot…-, essentiellement dans les Amérique (50 %) et en Europe (38 %) ;
- Ambition : adaptation du groupe aux nouveaux usages des automobilistes et à l’électrification des véhicules (positions mondiales dans les véhicules électriques) via la transformation digitale et la culture interne de la performance (compétitivité industrielle élevée) ;
- Capital détenu minoritairement par 4 actionnaires forts: le holding de la famille Agnelli Exor pour 15,16 %, la famille Peugeot pour 7,56 %, le chinois Dongfeng pour 1,86 % et BPI France pour 6,50 %, John Elkann étant président-directeur général du conseil de 10 administrateurs.
Enjeux
- Agilité du modèle d’affaires repensé pour retrouver la croissance en 2025 :
-simplification de l’organigramme et délégation accrue des pouvoirs décisionnaires aux dirigeants des régions,
- optimisation des réglementations CO2 et dialogue « plus soutenu » avec les régulateurs et gouvernements,
- réduction des stocks des concessionnaires et collaboration accrue avec des derniers,
- dialogue en amont avec les fournisseurs pour anticiper la résolution des problèmes,
- priorisation des lancements stratégiques au nombre de 10 aux Etats-Unis,
- lancement de plateforme multi-énergies (moteurs thermiques, hybrides ou électriques) donnant plus de choix aux clients,
- identification des activités à forte croissance, telles Pro One visant le 1er rang mondial des véhicules commerciaux ou les activités de financement,
- sécurisation de l’écosystème des batteries avec 5 giga-entreprises,
-
innovation fondée sur 4 piliers – l’électrification, la hausse à 400 GWh de la capacité des batteries hydrogènes, l’offre de véhicules intelligents ;
- Stratégie environnementale de neutralité carbone en 2038 :
- objectif intermédiaire 2030 d’un recul des émissions de 50 %, vs 2021,
- nouvelle division d’économie circulaire visant 2 Mds€ de chiffre d’affaires,
- investissements spécialisés -mine de cuivre « durable » Los Azules en Argentine, géothermie pour les sites allemands… ;
- Retombées du partenariat avec Archer dans la production d’hélicoptères électriques eVTOL) et intégration de Share now -5 millions de clients dans le monde ;
- Situation financière dégradée : autofinancement libre négatif de 6 Mds€, liquidités industrielles disponibles revenues à 49,5 Mds€ et 61,3 Mds€ de capitaux propres, face à une dette de 34 Mds€.
Défis
- Détérioration du marché mondial accrue par l’avancée chinoise dans les véhicules électriques et la « fermeture douanière » des Etats-Unis mais capacité à surperformer le marché mondial ;
- Nomination d’un directeur général d’ici la fin du semestre ;
- Interrogations sur la stratégie européenne, le groupe ayant été contraint par ses salariés américains à investir 5 Mds$ aux Etats-Unis pour limiter l’impact des futurs droits de douane sur le Mexique et le Canada (pays d’assemblage de 40 % des véhicules vendus aux Etats-Unis) ;
- Après un repli de 70 % du résultat net 2024, objectif d’une progression des ventes, d’’une marge opérationnelle « à 1 chiffre » et d’un autofinancement industriel positif ;
- Plan stratégique « Dare forward 2030 » :
- doublement des revenus dont un quadruplement dans le haut de gamme, ¼ réalisé hors Europe et Amérique du nord (20 Mds€ en Chine) et 1/3 dans les ventes en ligne,
- stratégie software de 20 Mds de chiffre d’affaires et environ 40 % de marge brute ;
- Dividende 2024 en baisse à 0,68 €.
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