Wall Street s'affiche en ordre dispersé ce jeudi, le DJIA s'accordant 0,39% à 49.188 pts, contre une quasi-stabilité du S&P 500 à 6.921 pts et un recul de 0,53% sur le Nasdaq à 23.466 pts. Les marchés reprennent leur souffle suite aux records inscrits plus tôt cette semaine par le DJIA et le S&P. La saison des résultats trimestriels débute par ailleurs la semaine prochaine, avec les valeurs financières et notamment JP Morgan, Bank of New York Mellon, Bank of America, Wells Fargo, Goldman Sachs ou Citigroup. Sur le segment technologique, le géant taïwanais TSMC sera de la partie... Sur le Nymex, le baril de brut WTI reprend 1,5% à 56,9$. L'once d'or fin se stabilise à 4.455$. L'indice dollar grappille 0,1% face à un panier de devises de référence. Le bitcoin hésite autour des 90.000$.
Le Venezuela reste au coeur de l'actualité suite à l'opération militaire américaine qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro. Les marchés semblent pour l'heure relativiser les risques de répercussions économiques. Le Venezuela produit actuellement moins d'un million de barils de pétrole par jour, soit moins de 1% de la production mondiale, mais il possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde. Sa production a fléchi en raison d'infrastructures vieillissantes et de sanctions américaines strictes.
Trump a laissé entendre que les États-Unis pourraient subventionner les efforts des compagnies énergétiques pour reconstruire l'industrie pétrolière vénézuélienne, son administration cherchant à convaincre les entreprises d'investir dans le pays. Dans une interview accordée à NBC News, le président américain a déclaré que le projet d'expansion des activités des compagnies pétrolières américaines au Venezuela pourrait être opérationnel en moins de 18 mois. Trump a chargé le secrétaire d'État Marco Rubio de piloter le processus de mise en oeuvre des réformes économiques et politiques au Venezuela. Les États-Unis estiment bénéficier d'une coopération pleine et entière du gouvernement de Caracas. Trump a donc demandé à Rubio, sous sa direction et son encadrement directs, de prendre la tête de ce processus. Le secrétaire d'État dirigera une équipe composée notamment de responsables des politiques énergétiques, financières et militaires.
Dans une interview accordée au New York Times et publiée ce jeudi, Trump a déclaré que les États-Unis allaient administrer le Venezuela et exploiter son pétrole pendant des années. "Nous allons reconstruire de manière très rentable", a-t-il affirmé au journal.
Toujours aussi actif, Trump a aussi annoncé son intention d'augmenter le budget militaire américain à 1.500 milliards de dollars en 2027, contre 901 milliards approuvés par le Congrès pour cette année. Une annonce qui dope aujourd'hui le compartiment de la défense en bourse, Lockheed Martin s'accordant 7,5% et Northrop Grumman 4,8%, contre une hausse de 2,5% pour RTX.
Le président américain justifie cette augmentation attendue par l'incertitude géopolitique accrue. Pour financer cet effort budgétaire, le président assure que les recettes générées par les droits de douane imposés à de nombreux pays et secteurs industriels seront suffisantes. Selon lui, les États-Unis seraient même en mesure de réduire leur dette tout en versant des chèques de dividendes aux ménages à revenus "modérés"... Hier, Trump a signé un décret exigeant des principaux fournisseurs de la défense américaine travaillant avec le gouvernement qu'ils cessent les rachats d'actions, suspendent le versement de dividendes et plafonnent la rémunération des dirigeants à 5 millions de dollars par an jusqu'à ce qu'ils investissent davantage dans les usines et la recherche afin d'accélérer le développement.
Le président américain a par ailleurs signé hier une proclamation retirant les USA d'une trentaine d'agences des Nations unies et de 35 organisations non onusiennes "qui opèrent à l'encontre des intérêts nationaux" américains. La Maison Blanche a indiqué que ces organisations promouvaient des politiques climatiques radicales, une gouvernance mondiale et des programmes idéologiques allant à l'encontre de la souveraineté des États-Unis.
Les opérateurs attendent en outre la décision de la Cour suprême concernant la légalité des droits de douane de Trump, avec à la clé une potentielle bataille juridique pour obtenir le remboursement de 150 milliards de dollars de droits de douane déjà acquittés par les importateurs en cas de rejet de ces tarifs douaniers par la Cour. Reuters note que l'anticipation d'une invalidation des droits de douane s'est accrue après les plaidoiries de novembre, au cours desquelles des juges conservateurs et progressistes ont exprimé des doutes sur la question de la légalité des droits. La Cour devrait rendre sa décision ce vendredi...
Les investisseurs suivent cette semaine une série de données économiques, avec comme point d'orgue le rapport crucial sur l'emploi attendu vendredi. Le consensus Bloomberg se situe à 55.000 créations de postes non-agricoles en décembre et 4,6% de taux de chômage.
Parmi les autres statistiques de la semaine, l'indice ISM manufacturier américain de décembre s'est établi lundi à 47,9, contre 48,7 de consensus FactSet et 48,2 un mois auparavant... L'indice PMI composite américain final du mois de décembre publié hier s'est affiché à 52,7, contre un consensus de marché de 53 et une lecture flash logée également à 53. L'indice des services a été révisé à 52,5 contre 52,9 en lecture préliminaire.
Le rapport d'ADP sur l'emploi privé américain n'a pas révélé de grande surprise hier. Pour le mois de décembre 2025, les créations d'emplois dans le privé se sont établies au nombre de 41.000, contre un consensus FactSet de 25.000 et un consensus Bloomberg de 47.000. Les destructions d'emplois de novembre 2025 ont été révisées à 29.000 contre 32.000 précédemment. ADP évoque un "rebond" des recrutements en décembre avec les secteurs de l'éducation et des services de santé, ainsi que du loisir et de l'hospitalité.
Le rapport JOLTS du Département américain au Travail pour novembre a fait ressortir pour sa part 7,15 millions d'ouvertures de postes contre un consensus de 7,6 millions. Les ouvertures de postes d'octobre ont été révisées en baisse à 7,45 millions.
Ce jeudi, l'étude Challenger, Gray & Christmas sur les annonces de licenciements de décembre a fait ressortir 35.553 suppressions de postes contre 71.321 un mois avant. Il s'agit donc d'une bonne surprise pour le marché du travail américain, les annonces de licenciements reculant de moitié d'un mois sur l'autre et de 8% sur un an, au plus bas depuis juillet 2024. Le rapport montre aussi les embauches de décembre les plus élevées depuis 2022. Néanmoins, le bilan annuel reste très négatif concernant ces annonces de destructions de postes, avec le 7e pire bilan depuis 1989.
Le déficit américain du commerce international des biens et services pour le mois d'octobre 2025 a très nettement reculé à 29,3 milliards de dollars, pratiquement deux fois moins lourd que le consensus Bloomberg et au plus bas depuis 2009, alors qu'il se situait à 48,1 milliards de dollars pour la période correspondante de l'an dernier.
Les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine close le 2 janvier, qui viennent aussi d'être publiées, se sont affichées à 208.000 contre 200.000 une semaine avant. Le consensus Bloomberg était de 213.000.
Enfin, la productivité trimestrielle non-agricole préliminaire a surpris en forte hausse de 4,9% au 3e trimestre, contre 4,6% de consensus FactSet. Les coûts unitaires du travail ont reculé sur un rythme de 1,9% contre un consensus proche de la stabilité.
En ce qui concerne la Fed, l'outil CME FedWatch montre une probabilité de statu quo monétaire de 88,4% lors de la prochaine réunion de la Fed, le 28 janvier. Le même outil montre une 'proba' de 31,9% que les taux terminent l'année entre 3 et 3,25%, ce qui représenterait une baisse d'un demi-point par rapport aux niveaux actuels. La probabilité d'un recul de trois quarts de point à fin 2026 est de 25,5%.
La vice-présidente de la Fed en charge de la supervision, Michelle Bowman, qui s'exprimait hier soir, a déclaré que l'agence réexaminait la manière dont elle attribuait certaines notations bancaires, poursuivant ainsi un effort plus large entrepris sous l'administration Trump pour recentrer la supervision sur les questions présentant un risque important pour les prêteurs.
Plus tôt cette semaine, le gouverneur de la Fed, Stephen Miran, nommé par Trump, a déclaré que la banque centrale américaine devrait baisser ses taux d'intérêt de plus d'un point de pourcentage en 2026, arguant que la politique monétaire trop restrictive freinerait l'économie. "Il est très difficile d'affirmer que la politique monétaire est neutre. Elle est clairement restrictive et freine la croissance", a asséné Miran lors d'une intervention sur Fox Business Network. "Je pense qu'une baisse de plus de 100 points de base sera justifiée cette année"...
Du côté des grands stratèges de la place, l'équipe de Goldman Sachs juge que les actions se négocient avec des primes élevées, ce qui les expose à un risque en cas d'aggravation des inquiétudes concernant la croissance économique. Cette menace plane particulièrement sur la fin de l'année, si la hausse des marchés, alimentée par l'enthousiasme autour de l'intelligence artificielle, venait à se heurter aux craintes d'un ralentissement économique aux États-Unis.
Les valeurs
Nvidia (-1,8%). Pékin prévoit d'autoriser certaines importations de puces H200 de Nvidia à des fins commerciales, selon des sources de Bloomberg proches du dossier. L'utilisation de ces composants sera toutefois interdite aux forces armées, aux agences gouvernementales sensibles, aux infrastructures critiques et aux entreprises d'État pour des raisons de sécurité. Bloomberg ajoute que cette approbation partielle pourrait intervenir dès ce trimestre et concernerait surtout des ventes à des géants locaux tels que ByteDance ou qu'Alibaba. Reuters a indiqué plus tôt ce jour que Nvidia exigeait désormais le paiement intégral et anticipé de ses puces d'intelligence artificielle H200 auprès de ses clients chinois, afin de se prémunir contre l'incertitude persistante quant à l'approbation des livraisons par Pékin...
Apple (-1,3%) a annoncé hier que JP Morgan Chase allait devenir le nouvel émetteur de l'Apple Card, remplaçant Goldman Sachs. Le groupe californien à la pomme a précisé que la transition devrait prendre jusqu'à 24 mois. TechCrunch note que bien qu'Apple change de partenaire bancaire, l'Apple Card continuera d'utiliser le réseau Mastercard pour les paiements. JP Morgan a indiqué que l'accord apporterait plus de 20 milliards de dollars d'encours de cartes à Chase, ajoute TechCrunch. GS a déclaré prévoir pour le quatrième trimestre 2025 une provision de 2,2 milliards de dollars pour pertes sur créances liées à l'engagement d'achat à terme. Les rumeurs concernant la fin du partenariat entre Apple et Goldman Sachs circulaient déjà de longue date et JP Morgan était pressenti pour devenir le nouveau partenaire d'Apple.
Constellation Brands (+4%), le groupe américain spécialiste des boissons alcoolisées, aux marques Modelo, Corona et Mi Campo, a annoncé pour son 3e trimestre un bénéfice ajusté par action de 3,06$ et des revenus de 2,22 milliards de dollars, soit deux mesures supérieures aux attentes des analystes. Le bénéfice ajusté par action décline de 6% en glissement annuel et les revenus régressent de 10%. Les livraisons de bière fléchissent de 2%, mais la correction est surtout sensible sur le segment des vins et spiritueux. Le bénéfice opérationnel trimestriel ajusté recule de 8% à 739 millions, mais il dépasse lui aussi nettement le consensus.
Jefferies (-6,5%) a publié pour son 4e trimestre fiscal un bénéfice ajusté par action de 96 cents et un bpa consolidé de 87 cents sur les opérations poursuivies, inférieur aux attentes de marché, pour des revenus de 2,07 milliards sur une base ajustée. Sur l'exercice clos, le groupe a réalisé des revenus nets de 7,34 milliards de dollars et un bénéfice net de 631 millions de dollars. En banque d'investissement, les revenus ont grimpé de 20% à 1,19 milliard de dollars. Les revenus de marchés de capitaux se sont affichés en hausse de 6% à 692 millions.
RPM International (-1,4%), le spécialiste américain des revêtements spéciaux, des produits d'étanchéité et des matériaux de construction, a affiché pour son 2e trimestre un bénéfice ajusté par action de 1,20$, nettement inférieur aux attentes des analystes, pour des revenus de 1,91 milliard de dollars également moins bons que prévu. Les revenus progressent de 3,5% en glissement annuel, tandis que le bénéfice net consolidé s'établit à 161 millions de dollars ou 1,26$ par titre. Le bénéfice ajusté par action recule de 14% en glissement annuel, tandis que l'Ebit ajusté régresse de 11% à 227 millions de dollars. Pour le T3 fiscal, le groupe prévoit une croissance des ventes voisine de 5% et une augmentation de l'Ebit ajusté de 5 à 9%.
Meta (-0,9%). Les autorités chinoises examinent si l'acquisition de la startup singapourienne d'intelligence artificielle Manus par Metaa enfreint la réglementation, indique Bloomberg. Cet examen préliminaire pourrait compromettre la transaction ultérieurement si des irrégularités sont constatées, ajoute l'agence. Selon des sources de Bloomberg proches du dossier, les autorités de régulation ont entamé un examen de l'opération, dévoilée en décembre, notamment de ses implications potentielles pour la sécurité nationale. D'une valeur supérieure à 2 milliards de dollars, l'accord sera évalué quant à sa conformité avec les lois et réglementations en vigueur, a déclaré He Yadong, porte-parole du ministère du Commerce, cité par Bloomberg.