Wall Street a vu les grandes valeurs technologiques de nouveau s'enfoncer mardi, le Nasdaq décrochant de 1,35% à 19.026 pts et le S&P 500 cédant désormais 0,47% à 5.955 pts. Le Dow Jones est parvenu à surnager, en hausse de 0,37% à 43.621 pts. Donald Trump a confirmé une posture très ferme à l'encontre du Canada et du Mexique, les tarifs douaniers de 25% étant toujours d'actualité ou servant tout du moins de moyen de pression pour négocier de nouvelles concessions... faute de quoi les taxes douanières entreraient en vigueur la semaine prochaine. Dans le même temps, l'administration Trump pourrait appliquer des restrictions supplémentaires à l'égard des puces accessibles à la Chine. Le président américain a en effet émis une directive visant à limiter les investissements entre les États-Unis et ce partenaire commercial majeur... Le titre Nvidia reste par ailleurs au centre de l'attention, à la veille de la publication financière du groupe, confronté à ces droits de douane et aux contrôles à l'exportation.
Concernant l'Ukraine, Donald Trump a souligné la proximité d'un accord sur les minerais critiques et les terres rares entre les USA et l'Ukraine, un "partenariat" espéré par le président américain qui permettrait au peuple américain de récupérer les dizaines de milliards de dollars et le coût des équipements militaires envoyés en Ukraine en trois ans de conflit. Volodimir Zelensky pourrait ainsi se rendre dès vendredi à Washington afin de conclure ce "deal" financier... Dans le même temps, Trump dit mener des discussions sérieuses avec Vladimir Poutine concernant la fin de la guerre, mais aussi des "transactions majeures de développement économique" entre USA et Russie. "Les discussions se déroulent bien", a affirmé Trump sur son réseau social...
En ce qui concerne les anticipations sur les taux, le baromètre CME FedWatch indique désormais une à trois baisses potentielles d'un quart de point cette année sur les 'fed funds'. Ainsi, les anticipations d'assouplissement monétaire ont augmenté ces derniers jours, alors que les indices économiques américains montrent des signes de faiblesse... Pourtant, Bank of America vient d'estimer que la Fed de Jerome Powell pourrait ne pas réduire ses taux du tout cette année... Sur les marchés obligataires, le rendement du T-Bond à 10 ans est retombé d'ailleurs à moins de 4,31%, au plus bas depuis décembre...
La présidente de la Réserve fédérale de Dallas, Lorie Logan, a déclaré en attendant qu'il serait approprié, à moyen terme, que la banque centrale américaine achète davantage de titres à court terme que de titres à long terme. Elle a aussi indiqué que l'objectif d'inflation de 2% n'était pas à discuter, alors que l'indice ajusté des prix aux USA se maintient pourtant au-dessus des 3% depuis près de quatre ans.
Côté indicateurs économiques, les indices des prix des maisons S&P Case-Shiller (+0,5% sur l'indice ajusté 20-City de décembre en comparaison du mois antérieur ou +4,5% sur un an hors ajustements) et FHFA (+0,4% en décembre et +4,7% sur un an) ont offert des lectures comparables.
L'indice de confiance des consommateurs américains mesuré par le Conference Board pour le mois de février s'est affiché à 98,3, contre 103 de consensus de place selon FactSet et 102,7 pour la lecture révisée du mois antérieur. Cela confirme la lecture déjà très faible de l'indice du sentiment des consommateurs de l'Université du Michigan publié vendredi, miné par les craintes d'inflation.
L'indice manufacturier régional de la Fed de Richmond pour le mois de février est ressorti positif à +6, contre un consensus FactSet de -2 et une lecture de -4 un mois auparavant. L'indice signale une expansion de l'activité manufacturière dans la région en février.
Mercredi, l'actualité économique sera marquée par les ventes de logements neufs et le rapport hebdomadaire sur les stocks pétroliers domestiques américains, alors que Barkin et Raphael Bostic de la Fed prendront par ailleurs la parole, sans oublier l'annonce des comptes de Nvidia.
Jeudi, le programme sera chargé avec les commandes US de biens durables, les chiffres du PIB américain du quatrième trimestre, les inscriptions hebdomadaires au chômage, ainsi que les promesses de ventes de logements et que l'indice manufacturier de la Fed de Kansas City. Patrick Harker et Beth Hammack de la Fed auront leur mot à dire.
Enfin, vendredi, les investisseurs surveilleront la balance du commerce international de biens, les revenus et dépenses des ménages (et l'indice d'inflation lié), ainsi que l'indice PMI de Chicago. Austan Goolsbee de la Fed interviendra dans la soirée.
Du côté des publications trimestrielles, Nvidia dominera donc la soirée de mercredi, avec des comptes comme toujours très attendus. Salesforce, Lowe's, TJX, Anheuser-Busch Inbev, Synopsys, Snowflake, Monster Beverage, Agilent, eBay, Pure Storage et Paramount Global, publieront aussi mercredi. Dell, Autodesk, HP Inc, Warner Bros. Discovery, NetApp, Edison, Duolingo ou Hormel Foods, annonceront leurs résultats jeudi...
Sur le Nymex, le baril de brut WTI reperd 2,2% à 69$ environ. L'once d'or fin pointe à 2.907$, en retrait de 1,5%. L'indice dollar abandonne 0,3% face à un panier de devises de référence. Le Bitcoin retombe sous les 90.000$, cédant plus de 7% en 24 heures à 87.600$ environ, alors que l'Ethereum chute de 9% à 2.423$ après le piratage de la plateforme Bybit pour 1,5 milliard de dollars en ETH...
Les valeurs
Nvidia (-2,8%) publiera mercredi soir ses résultats financiers trimestriels, fébrilement attendus compte tenu notamment de la menace des droits de douane de l'administration Trump et des craintes relatives aux dépenses IA des grands groupes technologiques. En attendant, l'agence Reuters explique que les entreprises chinoises augmentent leurs commandes de puces d'intelligence artificielle H20 de Nvidia en raison de la demande croissante pour les modèles d'IA à faible coût de la startup DeepSeek. Reuters cite à ce sujet six personnes proches du dossier. L'augmentation des commandes montre la domination de Nvidia et pourrait contribuer à apaiser les craintes selon lesquelles DeepSeek pourrait provoquer une baisse de la demande de puces IA. L'agence Reuters, citant deux sources, note que Tencent, ByteDance ou Alibaba ont considérablement augmenté leurs commandes en puces H20 - spécifiques à la Chine - depuis que la startup chinoise d'IA a fait son irruption le mois dernier en termes de popularité. En dehors de leurs besoins internes en puces d'IA, "les trois géants de la technologie fournissent des services de cloud computing grâce auxquels d'autres entreprises peuvent accéder et utiliser des outils d'IA", explique l'agence. De plus petites entreprises, par exemple dans la santé ou l'éducation, achètent également des serveurs d'IA équipés de modèles DeepSeek et de puces Nvidia H20, insiste une autre source de l'agence. Auparavant, seules les plus riches sociétés financières et de télécommunications achetaient des serveurs dotés de systèmes informatiques d'IA, a ajouté la source. L'administration Trump 2.0 envisage par ailleurs d'imposer des restrictions sur les ventes de puces H20 à la Chine, a rapporté Reuters. "Même si la menace de contrôles supplémentaires pourrait être un facteur dans la hausse des commandes, les sources ont cité DeepSeek comme raison", nuance l'agence, dont les sources n'ont toutefois pas fourni de détails sur le montant des commandes. Reuters indique qu'un déploiement plus large des modèles d'IA DeepSeek devrait aider les fabricants de puces chinois tels que Huawei à être plus compétitifs sur le marché intérieur, mais ajoute que la puce H20 de Nvidia "reste la norme de l'industrie en Chine".
Cisco (+1,6%) et Nvidia viennent par ailleurs de renforcer leur partenariat dans l'IA, visant à l'accélération de l'adoption de l'intelligence artificielle. De nombreuses entreprises en sont encore aux premiers stades de l'adoption de systèmes d'IA en raison de la complexité que ce changement ajoute à leurs centres de données, ont déclaré les deux partenaires, qui entendent donc élargir la liste des produits intégrant leurs technologies pour tenter de supprimer ces obstacles. "Les entreprises subissent une pression immense pour déployer l'IA rapidement et efficacement, et de nombreux dirigeants ont du mal à justifier l'investissement tout en équilibrant les risques", a déclaré Chuck Robbins, DG de Cisco. "Ensemble, Cisco et Nvidia s'associent pour éliminer les obstacles auxquels se heurtent les clients et garantir qu'ils peuvent optimiser leurs investissements en infrastructure afin de libérer la puissance de l'IA".
Tesla (-8,3%) préparerait une mise à jour logicielle pour ses clients en Chine afin d'offrir des capacités d'assistance à la conduite similaires à celles commercialisées sous le nom de FSD aux États-Unis, selon une personne proche du dossier citée par Bloomberg. La mise à jour prévue dans les prochains jours permettrait aux propriétaires de Tesla d'utiliser les fonctionnalités d'aide à la conduite dans les rues des villes, a déclaré la personne, qui a demandé à ne pas être identifiée. Tesla prévoit d'informer ses clients que le système guidera les véhicules vers les rampes de sortie et les intersections, et qu'il peut reconnaître les feux de circulation, prendre des virages et gérer les changements de voie et de vitesse. Les capacités seront déployées auprès des clients qui ont payé 64.000 yuans (près de 9.000 dollars) pour ce que Tesla appelle FSD... L'actualité est étoffée pour Tesla, qui vient par ailleurs d'essuyer une chute de 45% de ses ventes européennes le mois dernier. Enfin, le groupe d'Elon Musk va reprendre certaines activités de l'équipementier allemand en faillite Manz AG.
Apple (stable) et l'Indonésie auraient trouvé un accord pour lever l'interdiction locale de l'iPhone 16, ont déclaré à Bloomberg des sources proches du dossier... Cette entente ouvrirait la voie à la fin d'une lutte acharnée de cinq mois qui a contraint le géant américain de Cupertino à augmenter son investissement promis dans le pays à 1 milliard de dollars, explique encore l'agence. Le ministère de l'Industrie, chargé de faire respecter l'interdiction, devrait ainsi signer un protocole d'accord avec Apple dès cette semaine, selon des personnes proches des négociations citées par Bloomberg. L'accord mettrait un terme à une bataille qui a débuté en octobre après que l'Indonésie a refusé de délivrer un permis pour la vente du dernier appareil d'Apple, invoquant le non-respect des exigences nationales de fabrication des smartphones et des tablettes. Apple s'était alors engagé à investir 1 milliard de dollars en Indonésie, offre que le président Prabowo Subianto avait demandé à ses ministres d'accepter. Le mois dernier, le ministère de l'Industrie a confirmé de manière inattendue l'interdiction, afin d'obtenir de meilleures conditions. En plus de l'investissement d'un milliard de dollars, Apple s'engagerait donc à former les locaux en recherche et développement sur les produits de l'entreprise afin qu'ils puissent ensuite développer des logiciels similaires et concevoir leurs propres produits, ont indiqué les sources de Bloomberg.
Zoom Communications (-8,4%), le groupe de visioconférence, ex-star de la période du confinement covid, a publié pour son quatrième trimestre des comptes meilleurs que prévu, affichant un bénéfice ajusté par action de 1,41$ sur cette période close fin janvier, contre 1,3$ de consensus. Les revenus ont augmenté de 3% à 1,18 milliard de dollars. Zoom table sur un bénéfice ajusté par action allant de 1,29 à 1,31$ sur le premier trimestre, à comparer à un consensus de 1,31$. La guidance de revenus trimestriels est un peu courte, entre 1,162 et 1,167 milliard de dollars, contre 1,175 milliard de consensus. Sur l'exercice, enfin, le bpa est anticipé entre 5,34 et 5,37$, inférieur au consensus, pour des revenus de 4,785 à 4,795 milliards.
Public Storage (+1,7%), le géant du stockage personnel a annoncé pour son quatrième trimestre un FFO (fonds des opérations) ajusté par action de 4,21$ par action, à comparer à un consensus de 4,23$ et un niveau de 4,2$ un an avant. Les revenus ont totalisé 1,18 milliard de dollars pour le trimestre clos en décembre 2024, en ligne avec le consensus. Cela représente une légère croissance en glissement annuel. En termes de perspectives, le groupe envisage un FFO ajusté par action allant de 16,35 à 17$ sur l'exercice 2025.
Home Depot (+2,8%), le géant américain de la distribution de produits de "rénovation domiciliaire" a publié pour son quatrième trimestre fiscal un bénéfice net de 3 milliards de dollars et un bénéfice ajusté par action de 3,13$, à comparer à un consensus de 3,04$. Les revenus trimestriels ont totalisé quant à eux 39,7 milliards de dollars, contre 39,1 milliards de consensus. Un an plus tôt, le chiffre d'affaires se situait à 34,8 milliards de dollars. La semaine supplémentaire du trimestre clos a ajouté 2,5 milliards de dollars aux revenus. Les ventes à comparable ont augmenté de 0,8% dans le monde et 1,3% aux États-Unis. Les transactions de clients ont progressé de 7,6% et le ticket moyen a augmenté à 89,1$. Les perspectives sont prudentes, le groupe envisageant cette année des revenus en croissance de 2,8% environ mais un bénéfice par action en repli de 2%.
American Tower (+6,1%), l'opérateur d'infrastructures de communications wireless basé à Boston, Massachusetts, a annoncé au titre du quatrième trimestre fiscal des revenus de 2,55 milliards de dollars en croissance de 3,7% en glissement annuel, portant à 10,1 milliards de dollars le chiffre d'affaires annuel. Le bénéfice net consolidé a flambé de plus de 9.150% sur le trimestre clos pour atteindre 1,23 milliard de dollars, alors que le profit net annuel s'établit en hausse de 67% à 2,28 milliards de dollars. L'Ebitda ajusté a augmenté de 5% à 1,69 milliard de dollars sur le trimestre. Le bénéfice net part du groupe s'affiche à 1,23 milliard de dollars sur le trimestre, 14 fois plus élevé que l'an dernier. L'AFFO, mesuré du flux de trésorerie, est ressorti en légère progression sur le trimestre à 1,09 milliard de dollars.
Sempra (-18,9% !), le spécialiste américain de l'énergie et du transport de gaz naturel, retombe à Wall Street, alors que le groupe vient d'abaisser ses prévisions 2025 de profits du fait de dépenses accrues. Le bénéfice par action 2025 est désormais attendu entre 4,30 et 4,70$, contre 4,90 à 5,25$ auparavant. Sempra cible un bpa 2026 allant de 4,80 à 5,30$, également inférieur aux anticipations de marché. En outre, les résultats du quatrième trimestre ont raté le consensus de Wall Street, sur fond d'hiver plus doux notamment au Texas. Le groupe californien a affiché au quatrième trimestre un bpa ajusté de 1,50$, contre 1,60$ de consensus.
Keurig Dr Pepper (+2,4%), le groupe alimentaire américain spécialiste de la torréfaction et de la vente de café et boissons non-alcoolisées a annoncé pour son quatrième trimestre des revenus de 4,1 milliards de dollars, en croissance de 6,2% sur une base ajustée, portant à 15,4 milliards de dollars le chiffre d'affaires annuel. Le bénéfice ajusté dilué par action a augmenté de 6% à 58 cents sur le trimestre. Le consensus était de 57 cents de bénéfice ajusté trimestriel par titre pour 4 milliards de revenus. Pour 2025, le groupe envisage des ventes en croissance d'environ 5% et une augmentation du bénéfice ajusté par action à un chiffre élevé.