Wall Street : encore du rouge avec les droits de douane

Wall Street a terminé dans le rouge jeudi à l'issue d'une séance irrégulière au gré des arbitrages dans le secteur automobile ciblé par les droits de douane américains. Le S&P 500 a perdu 0,33% à 5.69...

Wall Street a terminé dans le rouge jeudi à l'issue d'une séance irrégulière au gré des arbitrages dans le secteur automobile ciblé par les droits de douane américains. Le S&P 500 a perdu 0,33% à 5.693 pts, le Dow Jones, a glissé de 0,37% à 42.299 pts et le Nasdaq a reculé de 0,53% à 17.804 pts. Les opérateurs ont pris note de la mise en application prochaine des tarifs douaniers de 25% de l'administration Trump dans l'automobile, alors que l'échéance plus large du 2 avril approche elle aussi à grands pas... Le bras de fer commercial se poursuit donc, et Donald Trump menace également d'imposer des droits de douane plus importants à l'UE et au Canada s'ils nuisent économiquement aux États-Unis en exerçant des représailles...

Alberto Musalem, patron de la Fed de St. Louis, a estimé que l'impact des tarifs douaniers pourrait ne pas être temporaire et pourrait entraîner une inflation plus élevée, selon des commentaires tenus lors d'un événement à Paducah, Kentucky. Selon l'outil CME FedWatch, la Fed pourrait baisser ses taux de 50 ou 75 points de base d'ici la fin de l'année (probabilités respectives de 30,3% et 31,4%).

Le FMI continue aussi d'évaluer l'impact des projets de droits de douane de D. Trump, mais ses prévisions de base "n'envisagent pas de récession aux États-Unis", a déclaré Julie Kozack, porte-parole du FMI, citée par Reuters. Interrogée sur les projets de droits de douane de Trump lors d'un point de presse, elle a déclaré que, si ces droits étaient maintenus sur le Canada et le Mexique, ils auraient un effet négatif significatif sur les perspectives économiques de ces deux pays...

Côté indicateurs économiques, les chiffres finaux du PIB américain pour le quatrième trimestre 2024 ont fait ressortir une croissance au rythme de 2,4%, contre 2,3% de consensus de place et 2,3% pour la lecture antérieure. Les dépenses personnelles de consommation ont augmenté au rythme de 4%, contre 4,2% de consensus de marché et 4,2% également pour la lecture précédente. L'indice des prix rattaché au PIB a progressé sur un rythme de 2,3%, contre 2,4% de consensus (2,4% ajusté des variations saisonnières contre 2,5% de consensus).

Les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine close le 22 mars se sont établies à 224.000 contre 225.000 de consensus et 225.000 également une semaine plus tôt.

La balance du commerce international de biens pour le mois de février, qui vient aussi d'être annoncée, est ressortie déficitaire de 147,9 milliards de dollars, contre 135,5 milliards de consensus et 155,6 milliards un mois avant.

L'indice des promesses de ventes de logements de la National Association of Realtors pour le mois de février 2025 est ressorti en augmentation de 2% d'un mois sur l'autre à 72, alors que le consensus FactSet était de +1,5%.

L'indice manufacturier régional de la Fed de Kansas City pour le mois de mars est ressorti négatif à -2, contre -5 un mois auparavant. L'indicateur signale toujours une contraction de l'activité manufacturière dans la région considérée.

Sur le Nymex, le baril de brut WTI regagne 0,4% à 69,80$. L'once d'or fin enchaîne les records à 3.080$. L'indice dollar abandonne 0,1% face à un panier de devises. Sur les marchés obligataires, le rendement du T-Bond à 10 ans s'affiche à 4,37%. Le bitcoin revient à 86.000$.

Les valeurs

Tesla (+0,3%). Même si Wall Street considère visiblement le contraire, Elon Musk a indiqué sur son réseau social X que l'impact des droits de douane automobiles de Donald Trump sur Tesla allait être "significatif"..."Il est important de noter que Tesla n'est pas épargnée. L'impact des droits de douane sur Tesla reste significatif", a lancé le multimilliardaire. Le président américain a donc mis sa menace à exécution et a annoncé hier des droits de douane de 25% sur les importations d'automobiles aux États-Unis à compter du 3 avril, date qui correspond aussi à la mise en place de droits de douane réciproques. "Ce que nous allons faire, c'est imposer des droits de douane de 25% sur toutes les voitures qui ne sont pas fabriquées aux États-Unis", a déclaré Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison blanche. Dans la mesure où Tesla produit massivement aux USA, Musk fait plutôt allusion aux pièces importées et peut-être à l'impact indirect lié à d'éventuelles représailles des pays les plus touchés.

À partir du 3 avril, les nouveaux droits de douane de 25% s'appliqueront à tous les véhicules de tourisme et camions légers importés, ainsi qu'aux pièces essentielles comme les moteurs, les transmissions et les composants électriques, en plus des tarifs déjà en vigueur. Ces taxes ne s'appliqueront qu'à la part non américaine des véhicules et pièces importés dans le cadre d'un accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique.

Ford Motor (-3,8%) pourrait également être moins touché que certains de ses concurrents, environ 80% des voitures vendues aux États-Unis étant fabriquées localement... Les sociétés étrangères fortement dépendantes des véhicules importés seront les plus exposées. Le groupe sud-coréen Hyundai risque d'être parmi les plus touchés. Bien que le constructeur automobile et sa filiale Kia possèdent des usines en Alabama et en Géorgie - et aient annoncé cette semaine un plan d'expansion de 21 milliards de dollars-, il a importé plus d'un million de véhicules aux États-Unis l'an dernier, ce qui représente plus de la moitié de ses ventes dans le pays...

Ferrari (+3,1%), le constructeur automobile italien de luxe coté à Wall Street, devrait résister ce jeudi en bourse. Le groupe de Maranello a précisé promptement aujourd'hui que ses objectifs financiers 2025 restaient inchangés malgré les tarifs douaniers imposés par les États-Unis.

Avis Budget Group bondit de 20,4% et Hertz Global Holdings de 22,6% ! Les annonces sur les droits de douane sur les véhicules importés donnent des idées aux spéculateurs, qui estiment que les consommateurs pourraient privilégier la location de voitures plutôt que l'achat de véhicules neufs plus onéreux.

Jefferies Financial Group chute de 9,8%. Pour son premier trimestre fiscal, le groupe de banque d'investissement a réalisé un bénéfice ajusté par action de 60 cents, contre 88 cents de consensus de place et 87 cents un an avant. Les revenus ont été quant à eux de 1,59 milliard de dollars, ratant ici encore le consensus de place. Ils se situaient à 1,74 milliard pour le trimestre comparable de l'an dernier. Les résultats du premier trimestre fiscal ont donc diminué en raison d'une baisse des revenus de la banque d'investissement et des marchés de capitaux, l'activité étant affectée par l'incertitude entourant la politique et la géopolitique américaines. Selon le président du groupe Brian Friedman, cité par Bloomberg, les incertitudes qui se sont installées ces huit à dix dernières semaines ont dissipé la visibilité. "Elles ne l'ont pas éliminée, mais l'ont quelque peu brouillée", résume le dirigeant.

GameStop, qui flambait mercredi soir de 11,6% sur la place américaine, sur la nouvelle de l'adoption du Bitcoin en tant que placement de trésorerie, retombe de 22% ! Le groupe va émettre pour 1,3 milliard de dollars d'obligations convertibles afin de financer des achats de Bitcoin. Le détaillant texan en jeux vidéo n'avait pourtant pas besoin de cela, puisqu'il dispose désormais d'une trésorerie pléthorique après avoir levé des fonds durant les périodes de spéculation boursière. Mais le groupe adopte visiblement la même stratégie que Michael Saylor, le patron de Strategy, qui lève régulièrement des fonds pour accumuler du BTC. La tactique a profité à Saylor, puisque le titre de l'ex-MicroStrategy a été multiplié par 30 en cinq ans et gagne encore 37% en un mois.

GameStop propose ses obligations convertibles, à échéance 2030, avec une prime de conversion de 35 à 40%, selon des sources de Bloomberg proches du dossier qui ont requis l'anonymat. La prime que GameStop envisage d'offrir sur ses obligations est inférieure à celle d'environ 55% proposée par Strategy lors d'une émission similaire en novembre. Plus récemment, Strategy a réalisé une émission de 2 milliards de dollars en février, offrant aux investisseurs une prime plus avantageuse de 35%.

TD Synnex, distributeur mondial et agrégateur de solutions pour l'écosystème informatique, plonge de 14,2% à Wall Street suite à sa publication financière du premier trimestre fiscal. Sur la période, les revenus ont augmenté de 4% à 14,5 milliards de dollars, avec une progression de 6% à devises constantes. Les facturations brutes ajustées ont été de 20,7 milliards de dollars, en augmentation de 7,5%. Le bénéfice ajusté par action a représenté 2,80$. Le consensus était de 2,91$ de bénéfice ajusté par action pour 14,8 milliards de dollars de revenus. Le groupe californien de Fremont a publié par ailleurs un dividende cash trimestriel de 44 cents en croissance de 10%.

Nvidia (-2%) reste surveillé de près à Wall Street. Le titre est retombé la veille de 5,7%, alors que selon le 'Financial Times', les ventes du géant des puces d'IA en Chine pourraient être affectées par de nouvelles règles environnementales. Ainsi, la Commission nationale du développement et de la réforme, principal planificateur économique chinois, a introduit des règles d'efficacité énergétique pour les puces avancées, rapporte le FT. Ces règles interdiraient l'utilisation de la puce H20 de Nvidia par les clients chinois qui construisent ou agrandissent des centres de données. Les nouvelles règles ne sont pas encore mises en application, mais selon le FT, les régulateurs chinois tenteraient déjà de décourager des géants tels qu'Alibaba, ByteDance ou Tencent de commander des puces H20... Le FT indique que le groupe de Jensen Huang chercherait à discuter avec la Commission (NDRC) chinoise et considèrerait des évolutions techniques pour répondre aux nouvelles règles.

L'agence Reuters indique que l'un des plus grands fabricants de serveurs en Chine, H3C, aurait averti d'une pénurie potentielle de la puce H20 de Nvidia. L'agence cite une note client qu'elle a pu consulter. Cette pénurie potentielle d'approvisionnement pourrait entraver les ambitions de la Chine en matière d'intelligence artificielle, ajoute Reuters. "La chaîne d'approvisionnement internationale de H20 est confrontée à d'importantes incertitudes", a déclaré l'entreprise dans une note, précisant que ses stocks actuels étaient quasiment épuisés. H3C aurait évoqué les tensions géopolitiques perturbant le commerce mondial et l'approvisionnement en matériaux essentiels. Le fabricant chinois de serveurs a déclaré selon Reuters que ses plans d'approvisionnement au-delà du 20 avril étaient également confrontés à des incertitudes liées aux changements de politique en matière de matières premières, aux perturbations des expéditions et aux difficultés de production.

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