Matières premières: l'or proche de 5.000 dollars, le cuivre prisé, le cacao délaissé

Les métaux précieux se sont aventurés à des sommets historiques cette semaine, les investisseurs se tournant vers ces valeurs refuges face aux retournements de la politique américaine et aux craintes ...

Les métaux précieux se sont aventurés à des sommets historiques cette semaine, les investisseurs se tournant vers ces valeurs refuges face aux retournements de la politique américaine et aux craintes d'une perte d'indépendance de la Réserve fédérale (Fed).

L'or frôle les 5.000 dollars l'once vendredi, tandis que l'argent a dépassé les 100 dollars, malgré un relatif apaisement sur le sort du Groenland, dont Donald Trump avait annoncé vouloir s'emparer.

Lors du Forum économique mondial à Davos, le président américain a pourtant retiré mercredi ses menaces de surtaxes douanières contre les pays s'opposant à sa volonté d'annexion, et annoncé un "cadre d'accord" aux lignes encore floues sur ce territoire autonome danois.

Mais, "alors que nous entamons la deuxième année de l'administration Trump, il apparaît" que "les accords et les transactions américains n'offrent que peu de garanties de stabilité", relève Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, n'excluant pas un nouveau revirement de l'Américain.

Ce climat d'incertitude aux États-Unis encourage les investisseurs à se détourner du dollar et des obligations d'État, habituellement considérés comme des valeurs refuges concurrentes de l'or.

En toile de fond, "la dépréciation des devises et l'augmentation du niveau d'endettement" des Etats, "se traduisent par une soif insatiable" d'"actifs tangibles", relève aussi Neil Wilson, de Saxo Markets.

Enchaînant les records, l'once d'or (31,1 g) s'échangeait à Londres à 4.980,35 dollars vers 16H15 GMT (17H15 à Paris), contre 4.596,09 dollars sept jours plus tôt à la clôture.

Dans son sillage, l'argent s'est aussi envolé à un nouveau record vendredi, à plus de 100 dollars l'once, également dopé par la demande industrielle dans le solaire et l'électronique.

Deux métaux précieux, également utilisés pour la fabrication de catalyseurs automobiles, ont eux aussi battu des records: le platine a grimpé jusqu'à un prix inédit de 2.748 dollars la tonne, et le palladium a touché un nouveau plus haut depuis fin 2022.

- Le cuivre rougeoie -

Le cuivre, comme les autres métaux de base, a profité cette semaine de l'attrait des investisseurs pour les actifs physiques face aux évolutions de la politique américaine.

"La réorganisation de l'ordre géopolitique par le président Donald Trump et ses attaques renouvelées contre la Réserve fédérale américaine provoquent un repli vers les valeurs refuges", résume Neil Welsh, analyste pour Britannia Global Markets.

Mais si "en temps normal, seuls l'or et l'argent en profiteraient, cet effet se répercute désormais sur les métaux de base", note-t-il.

La faiblesse du dollar rend aussi les matières premières plus abordables pour les acheteurs étrangers.

Prisé pour la confection de circuits électriques, le cuivre surfe sur la transition énergétique, l'augmentation des dépenses de défense et le boom de l'intelligence artificielle.

Et bien que l'administration américaine se soit abstenue la semaine dernière d'appliquer des droits de douane sur les minéraux qu'elle considère comme "critiques", dont le cuivre fait partie, "le risque de restrictions à l'importation demeure élevé", ajoutent les analystes d'ANZ dans un rapport.

Ceux-ci rappellent que la production de métal rouge a été affectée l'année dernière par des problèmes survenus dans les principales mines et prévoient que "le marché restera en situation de déficit d'approvisionnement de 4 à 5% par rapport à la demande annuelle" en 2026.

Vendredi, une tonne de cuivre coûtait 13.155 dollars sur le LME, contre 12.803 dollars à la clôture la semaine dernière.

Le nickel et l'étain ont également bondi, ce dernier, essentiel en soudure pour les circuits imprimés électroniques, touchant un nouveau plus haut historique vendredi à 56.920 dollars la tonne.

- Amer cacao -

Les cours du cacao sont lourdement tombés cette semaine, les réserves s'entassant en Côte d'Ivoire à cause d'une demande particulièrement faible.

"L'offre arrivant sur le marché peine à trouver preneur", relève Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank.

Selon les analystes, les prix records du cacao fin 2024 pourraient avoir nui de manière prolongée à la demande.

"Le chocolatier Barry Callebaut a enregistré une baisse de 9,9% de ses volumes de ventes au premier trimestre (2025/26)", remarque Mark Bowman, analyste chez ADM Investors Services.

Cette baisse de consommation des produits finis se répercute ainsi sur toute la chaine en amont.

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, voit d'immenses volumes s'entasser dans les coopératives du pays.

Pour soutenir les producteurs, l'Etat ivoirien va "procéder à la mise en place d'un dispositif d'achat de ce stock", qui serait de "130.000 tonnes", a expliqué le ministre de l'Agriculture mardi.

La tonne de cacao négociée à New York pour livraison en mars évoluait vendredi à 4.124 dollars, à des bas niveaux inédits depuis janvier 2024, contre 5.076 dollars la semaine dernière à la clôture.

A Londres, la tonne de cacao pour livraison le même mois valait 2.966 livres vendredi, à des plus bas depuis octobre 2023, contre 3.712 livres une semaine plus tôt en fin de séance.

© 2026 AFP