Le 'Washington Post', détenu par le fondateur d'Amazon Jeff Bezos, a lancé mercredi une vague de licenciements qui va considérablement réduire la taille du quotidien historique, selon l'enregistrement d'une réunion interne partagé avec 'Reuters'. L'ensemble des départements est concerné par cette restructuration, qui intervient dans un contexte de pertes financières persistantes.
Selon un porte-parole du journal, environ un tiers des salariés sont touchés par ces suppressions de postes. La rédaction perdra à elle seule "des centaines" de journalistes, a précisé le Washington-Baltimore News Guild, le syndicat représentant les employés du titre. Les bureaux internationaux, l'édition, les services locaux et sportifs figurent parmi les plus affectés.
Le rédacteur en chef exécutif, Matt Murray, a expliqué aux équipes que cette réorganisation était devenue inévitable. "Pendant trop longtemps, nous avons fonctionné avec une structure héritée de l'époque où nous étions un quasi-monopole local", a-t-il affirmé, ajoutant qu'"un nouveau cap et des bases plus solides" étaient désormais nécessaires. Ces annonces surviennent quelques jours après la réduction de la couverture des Jeux olympiques d'hiver de 2026, déjà motivée par des contraintes budgétaires.
Baisse du lectorat et des revenus
Le quotidien, fondé en 1877, est confronté à une baisse marquée de son lectorat et de ses revenus, une tendance qui touche l'ensemble de la presse écrite américaine alors que les consommateurs se tournent désormais vers les réseaux sociaux pour s'informer. Un journaliste du 'Post', s'exprimant sous couvert d'anonymat, a qualifié ces licenciements de "véritable bain de sang".
Parmi les journalistes concernés figurent notamment Caroline O'Donovan, spécialiste d'Amazon, la cheffe du bureau du Caire Claire Parker, ainsi que l'ensemble des correspondants et éditeurs couvrant le Moyen-Orient, selon des publications sur le réseau social X. Dans un communiqué, la direction du 'Washington Post' a affirmé prendre "des décisions difficiles mais déterminantes" afin de "renforcer sa position et se recentrer sur un journalisme distinctif, capable d'engager durablement ses lecteurs".
97.000 exemplaires en 2025
Ces réductions s'inscrivent dans une série de mesures engagées ces dernières années pour tenter de rétablir l'équilibre financier du groupe. En 2023, le journal avait déjà proposé des plans de départs volontaires, dans un contexte de pertes estimées à 100 millions de dollars. L'an dernier, la diffusion quotidienne moyenne payante s'élevait à 97.000 exemplaires, contre 250.000 en 2020, selon l'Alliance for Audited Media.
"Si Jeff Bezos n'est plus disposé à investir dans la mission qui a défini ce journal pendant des générations, alors 'The Post' mérite un autre garant", a estimé la Washington Post Guild. De son côté, Don Graham, ancien éditeur du quotidien, s'est dit "profondément attristé" par ces départs, tandis que le National Press Club a dénoncé "un revers dévastateur pour le journalisme", dans un contexte déjà tendu entre la rédaction, son actionnaire et le pouvoir politique américain.