(AOF) - Pernod Ricard a bu la tasse, et devrait terminer l'année 2025 avec un repli avoisinant les 34%. L'action du numéro deux mondial des vins et spiritueux a évolué dans le rouge, impactée notamment par une baisse de son activité au premier trimestre de son exercice 2025/2026. Sur cette période, ses ventes se sont repliées de 7,6% en organique et de 14,3% en publié, pénalisées notamment par le ralentissement de son activité en Chine (-27%) et aux États-Unis (-16%).
Dans le détail, le recul du chiffre d'affaires aux Etats-Unis sur cette période de trois mois a été amplifié par des ajustements de stocks. Celui en Chine a fortement reculé, dans un contexte macroéconomique qui pèse sur le moral et la demande des consommateurs, auquel se sont rajoutés aussi des ajustements de stocks.
En outre, les revenus du concurrent de Rémy Cointreau ont été impactés par un effet de change négatif de 143 millions d'euros, principalement dû au dollar américain, à la roupie indienne, à la lire turque, et à l'impact du périmètre négatif de 54 millions d'euros, principalement lié à la cession des vins.
De plus, sur l'exercice 2024/2025, le chiffre d'affaires annuel de Pernod Ricard a diminué de 3% en organique et de 5,5% en publié à 10,95 milliards d'euros, "du fait d'un impact négatif des taux de change de 277 millions d'euros, principalement dû à la livre turque, au peso argentin et à la roupie indienne". En Chine, ses ventes se sont repliées de 21% sur cet exercice, pénalisées par un "environnement macroéconomique difficile et le faible moral des consommateurs". Les ventes ont fléchi de 6% aux Etats-Unis, impactées par le moral en berne des consommateurs. Elles sont en recul de 3% sur la zone Amérique.
En parallèle de la publication des chiffres décevants de ses ventes trimestrielles en octobre dernier, Pernod Ricard a pourtant affiché son optimisme et s'attend à inverser la tendance. Le propriétaire des marques Absolut et Jameson a confirmé ses objectifs sur l'exercice 2025/2026 en cours. Cet exercice sera "une année de transition avec une amélioration des tendances en chiffre d'affaires organique, se matérialisant au deuxième semestre", avait déclaré le groupe de vins et de spiritueux.
Il vise toujours à préserver sa marge opérationnelle organique autant que possible, notamment grâce à un strict contrôle des coûts et à l'exécution de son programme 2026-2029 d'efficacités opérationnelles pour un montant de 1 milliard d'euros.
Pernod Ricard souhaite continuer à délivrer une forte génération de cash, avec des investissements stratégiques inférieurs à 900 millions d'euros, une optimisation du besoin en fonds de roulement, et une amélioration de la conversion cash comparée à 2024/2025.
Pernod Ricard échappe aux droits de douane punitifs de 30,6%
Par ailleurs, le conflit commercial entre la Chine et l'Union européenne a agi comme un des autres catalyseurs de la débandade boursière du groupe.
Dès l'entame de l'année 2025, alors que les mesures de rétorsion chinoises passaient du statut de "menace" à celui de "réalité réglementaire", le titre de Pernod Ricard a immédiatement dévissé. A chaque confirmation par le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) de l'application des droits de douane (fixés à 30,6% pour Martell, l'une des plus anciennes maisons de cognac du groupe), le titre a connu plusieurs séances de forte baisse.
D'ailleurs, la marque Martell a été particulièrement touchée par la baisse de la demande et par la suspension des importations de Cognac dans le "Duty Free" chinois à partir de décembre 2024.
En outre, Pernod Ricard déclarait en juillet 2025 "accueillir favorablement les conclusions de l'enquête anti-dumping du MOFCOM sur le Cognac et avoir trouvé un accord sur un engagement de prix minimum" (qualifié d'engagement de prix : Price Undertaking).
Cet accord avec les autorités chinoises a permis à la société d'éviter l'application de cette taxe de 30,6% en échange d'un engagement commercial strict garantissant le maintien d'un prix de vente plancher sur l'ensemble du territoire chinois.
Précisément, le MOFCOM avait affirmé que les producteurs européens de brandy (Cognac) vendaient leurs produits sur le marché chinois à des prix inférieurs à leur valeur normale. Cette enquête a conclu que ces pratiques ont causé un "préjudice substantiel" à l'industrie locale chinoise des spiritueux. "Cet accord ne constitue pas pour autant la reconnaissance de pratiques de dumping", soulignait le groupe dirigé par Alexandre Ricard.
La Chine demande à ses producteurs de rester sur ses gardes. L'Empire du Milieu conserve le droit de réactiver les taxes douanières si les termes de l'accord sur les prix ne sont pas respectés par les maisons de Cognac.
AOF - EN SAVOIR PLUS
Points clés
- Numéro 2 mondial, derrière Diageo, des vins et spiritueux, né en 1975 de la fusion entre Pernod, fondé en 1805, et Ricard, en 1932 ;
- Chiffre d’affaires de 10,6 Mds€ généré aux 2/3 par les 12 marques stratégiques internationales et réparti entre l’Asie-Pacifique pour 42% dont la Chine pour 8% et l’Inde pour 13%, l’Europe pour 29% et les Amérique pour 29%, dont les Etats-Unis les pour 19%, puis le « travel retail » ;
- Fortes positions dans les alcools blancs, rhums et anisés (n° 1 mondial), les whiskies et liqueurs (n° 2), les cognacs, brandies et amers (n° 3) ;
- Ambition de forte croissance des revenus et des marges à partir de l’identification de 4 accélérateurs -positionnement unique par marque, services premium et luxes accélération digitale- et un outil -La Conviviality Platform d’optimisation du potentiel des marques ;
- Capital détenu à 15 % (30% environ des droits de vote) par la famille fondatrice, devant les salariés (2,3 % et 1,77%) et le groupe Bruxelles-Lambert (6,7% et 12%), Alexandre Ricard étant président-directeur général du conseil de 14 administrateurs.
Enjeux
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Agilité du modèle d’affaires, « Fit for future » :
- nouvelle simplification de l’organisation : 2 entités « fonctions globales’ et « marques globales » au service de 10 entités géographiques,
- recentrage du portefeuille sur le premium, notamment des marques dites « Prestige » après les cessions des vins stratégiques et des marques Finlande, puis Imperial Blue, Clontarf et Knappogue Castle,
- distribution par un réseau propre dont une unité opérationnelle d’e-commerce (The Whisky Exchange, Drinks&Co et Bodeboca),
- face au recul des ventes, focus sur la reprise des ventes via les Key Digital Programs, les partenariats et le maintien des investissements publi-promotionnels à 16% des revenus, avec focus sur les Etats-Unis,
- grande discipline sur les coûts, avec 900 M€ d’économies 2025/26, afin de maintenir le taux de marge opérationnelle et diminution des besoins en fonds de roulement,
- regroupement dans un Hub unique de l’innovation (hors les sites « ready to drink » du champagne et du prestige), approche « Consumer insights » d’anticipation des tendances, expérimentation TLO -test, learn, optimize;
- Stratégie environnementale « S&R roadmap » visant la neutralité carbone en 2050 :
- point d’étape 2030 : zéro émission nette de CO2 pour les opérations propres,
- préservation des 350 terroirs par agriculture régénératrice, partenariats avec + 5 000 agriculteurs, maintien de la biodiversité et réutilisation des eaux,
- économie circulaire « écoSPIRITS » (zéro déchet en décharge, 100 % d’électricité renouvelable sur les sites de production…),
- emprunts et facilités de crédits verts ;
- Structure financière maîtrisée : face à 16,2 Mds€ de capitaux propres, 10,7 Mds€ d’une dette nette abaissée donnant un effet de levier de 3,3, l’activité générant un autofinancement libre de 1,1 Md€.
Défis
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Forte saisonnalité : 2/3 de l'activité réalisé au 1er semestre (juillet-décembre dont 1/4 en décembre) et impact très négatif des parités de change (euro/livre turque, peso argentin et roupie indienne) sur le résultat net;
- Sensibilité aux droits de douane instaurés aux Etats-Unis et en Chine, avec impact estimé autour de 80 M€ ;
- Confirmation d’une inversion de la tendance baissière au 2nd semestre de l’exercice en cours ;
- Après un repli de 5,5 % des ventes et de 8 % du bénéfice par action en 2024/25, objectif pour l’exercice de transition 2025/26 d’un maintien de la marge opérationnelle ;
- Anticipations 2026/27 à 2028/29 revues à la baisse ; croissance du chiffre d’affaires entre 3 % et 6 %, progression de la marge opérationnelle organique grâce aux mesures d’efficacité d’un montant total de 1 Md€, investissements stratégiques à moins de 1 Md€ ;
- Dividende 2024/25 stable pour la 3ème année consécutive à 4,7 € dans le cadre d’une distribution autour de 10 %.
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