(AOF) - Eramet (-4,11%, à 65,25 euros) signe la plus forte baisse du SBF 120 ce lundi matin après une information rapportée par Reuters. L'agence de presse, citant un porte-parole d'Eramet, a confirmé le retrait temporaire du directeur financier du groupe minier et métallurgique mondial, Abel Martins-Alexandre. Cette décision fait suite à une ouverture d'une enquête interne sur ses méthodes de gestion. Ce retrait intervient dans une période de forte instabilité au sein du groupe. Quelques jours plus tôt, le directeur général d'Eramet, Paulo Castellari, a été révoqué par le conseil d'administration.
Selon Portzamparc, c'est le Financial Times, citant des personnes proches du dossier, qui a annoncé la suspension du directeur financier. Le bureau d'études fait savoir que la présidente du conseil d'administration Christel Bories a annoncé aux salariés, "dans une note interne, qu'elle allait mandater un cabinet indépendant afin d'examiner le fonctionnement et la gestion du département financier à la suite de la suspension temporaire d'Abel Martins-Alexandre".
"Divergences de style"
Arrivé au sein du groupe en septembre et considéré comme proche du directeur général évincé, Abel Martins-Alexandre était en arrêt maladie après le départ de Paulo Castellari avant d'être suspendu, a ajouté le quotidien économique et financier britannique.
Portzamparc ajoute qu'"Eramet n'a pas réagi dans l'immédiat. Abel Martins-Alexandre et Christel Bories n'ont pas non plus répondu aux demandes de commentaire envoyées par email et via Linkedin".
Les deux principaux dirigeants entretenaient des divergences de style avec d'autres responsables de l'entreprise, mais ni le licenciement de Paulo Castellari ni la suspension d'Abel Martins-Alexandre ne sont liés à des soupçons de fraude financière, selon le Financial Times.
Tous les deux travaillaient ces dernières semaines à la "mise en place d'une task force interne chargée d'examiner des préoccupations liées à une possible mauvaise gestion financière du groupe au cours des dernières années, selon ce quotidien.
Eramet a imputé la faiblesse de ses résultats sur l'exercice écoulé au repli des prix des métaux et à des difficultés de production dans certain es de ses mines.
La semaine dernière, le titre du géant minier avait chuté après l'officialisation du départ de Paulo Castellari. Le groupe avait indiqué dans un communiqué "avoir mis un terme avec effet immédiat à son mandat en raison de divergences sur les modes de fonctionnement". Réuni dimanche 1er février, l'organe a évoqué des désaccords avec l'exécutif, sans en préciser la nature.
Dans l'attente de la nomination d'un successeur, la présidente du groupe, Christel Bories, assure la direction générale à titre intérimaire. Cette organisation est transitoire. Une fois le nouveau directeur général désigné, les fonctions de président et de directeur général seront de nouveau dissociées.
Paulo Castellari avait été désigné il y a moins d'un an, le 13 février 2025, mais n'était entré en fonction qu'à l'issue de l'assemblée générale du 27 mai suivant.
"Il s'agit d'un départ surprenant, car Paulo venait de prendre ses fonctions début 2025 et était en train de mettre en oeuvre un plan de redressement", soulignait il y a une semaine l'analyste d'AlphaValue Varun Sikka. Il expliquait aussi que "si la qualité du modèle économique d'Eramet n'a jamais fait l'unanimité, la gouvernance de l'entreprise a également été un point faible, et ce départ rappelle que le redressement pourrait rester difficile à atteindre."
Dans ce contexte de tensions, Eramet présentera le 18 février prochain ses résultats annuels sur l'exercice 2025.
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Points clés
- Producteur, créé en 1880, de minerais et métaux d'alliages, puissant dans le minerai de manganèse et le ferronickel (1er mondial), dans le zircon et les matières titanifères (4ème mondial) et diversifié dans les ressources pour la transition énergétique ;
- Chiffre d’affaires de 3,4 Mds€, recentré sur pour les mines et métaux -manganèse pour 60% des ventes, nickel pour 19%, les sables minéraux pour 9%, le lithium étant en phase de démarrage ;
- Modèle d'affaires fondé sur la valorisation des métaux et minéraux essentiels au développement économique (manganèse, nickel, sables minéralisés) et à la transition énergétique (lithium, sels de nickel/cobalt, recyclage des batteries) ;
- Capital contrôlé de concert à 64,21 % par l’Etat français et la STCPI (4,O3%, Société Territoriale Calédonienne de Participation Industrielle, détenue par les provinces néo-calédoniennes), Cristel Bories présidant le conseil de 18 administrateurs, Paulo Castellari étant directeur général depuis le 27 mai.
Enjeux
- Agilité du modèle d’affaires combinant croissance et contrôle des coûts :
- après la contre-performance du 1er semestre, revue opérationnelle avec focus sur la performance opérationnelle et les allocations de capital : réduction des capex à 400-450 M€ en 2025, limitation des ventes de nickel en Indonésie et contrôle des coûts (suspension de la production de manganèse au Gabon, report du projet de recyclage de batteries en Europe),
- gestion du bilan avec une maturité de la dette étendue à 3,2 ans,
- innovation portée par le centre IDEAS à Trappes : pilotage par les business units pour des mines 4.0 recourant aux données, production additive, robotisation…) ;
- Stratégie environnementale « Act for positive mining » de neutralité carbone en 2050 :
- 2035 : réduction de 40% des émissions de CO2 via la décarbonation de la production et la réhabilitation des sites miniers (gestion des résidus),
- économie circulaire avec protection des ressources en eau et de la qualité de l’air,
- montée à 40% en 2030, vs 2019, des emprunts liés au développement durable,
- projet norvégien de captage et utilisation de carbone (CCUS) ;
- Portefeuille de mines de classe mondiale :
- production : manganèse (Moanda au Gabon), nickel et nickel-cobalt (Weda Bay en Indonésie), sables minéralisés (Sénégal) et lithium (Argentine et France),
- exploration : saumures de lithium (Chili), limonites de nickel et cobalt (Indonésie) ;
- Avancement prometteur du projet argentin de production de lithium à Centenario ;
- Bilan tendu à fin juin, l’autofinancement libre étant négatif à 266 M€ : dette de 1,7 Md€ avec levier de 2,7 et des notations sous perspective négative mais disponibilités de 1,7 Md€.
Défis
- Sensibilité à la baisse du dollar face au franc CFA ;
- Exposition aux risques géopolitiques -Gabon, Mali et Sénégal- et à la demande chinoise ;
- Rumeurs de cessions pour alléger la situation financière, notamment dans les sables minéralisés et les alliages de manganèse, ou, par participation minoraire, dans le lithium ;
- Weda Bay en Indonésie : nouveaux sites de production à la teneur décevante en nickel et après la limitation imposée par les autorités locales à l’extension des ventes de nickel de la société commune avec Tsingshan ;
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