Kevin Warsh prend la tête de la Fed et promet des réformes profondes

Ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh a été confirmé mercredi par le Sénat américain pour un mandat de quatre ans à la tête de la banque centrale, lors d'un vote largement p...

Ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh a été confirmé mercredi par le Sénat américain pour un mandat de quatre ans à la tête de la banque centrale, lors d'un vote largement partisan. Son entrée en fonction interviendra dans les prochains jours, dans un contexte de fortes attentes politiques et de débats persistants sur l'indépendance de l'institution.

Son retour à la Fed intervient 15 ans après son départ, marqué par son opposition au vaste programme de rachats d'actifs mis en place après la crise financière. Ce dispositif a conduit la Fed à constituer un portefeuille d'environ 6.700 milliards de dollars, que Kevin Warsh a régulièrement critiqué depuis.

Les positions du nouveau président de la Fed couvrent un large spectre, allant de la surveillance de l'inflation à la stratégie de communication de l'institution, en passant par son rôle dans la stabilisation des marchés. Ses propositions pourraient ainsi toucher aussi bien les outils d'analyse économique que la manière dont la Fed s'adresse aux marchés et au public, des sujets traditionnellement sensibles et difficiles à faire évoluer rapidement.

"Il ne veut pas perturber les marchés"

L'arrivée de Kevin Warsh s'inscrit dans un contexte de tensions entre le président Donald Trump et la Réserve fédérale, notamment sous la présidence de Jerome Powell. Les différends ont porté sur les taux d'intérêt, mais aussi sur des pressions plus larges exercées sur l'institution. Le mandat de Jerome Powell à la tête de la Fed s'achève vendredi, même s'il a choisi de rester au sein du Conseil des gouverneurs pendant une période transitoire.

Selon Randall Kroszner, professeur d'économie à l'université de Chicago et ancien gouverneur de la Fed, Kevin Warsh pourrait rapidement faire évoluer le ton de la communication de l'institution, voire réduire certains outils comme les conférences de presse. "Il ne veut pas perturber les marchés. Il y a tellement de choses qu'il souhaite faire, et cela prendra du temps", a-t-il toutefois souligné, avant d'ajouter : "Ce n'est pas une logique de rupture brutale, ni un scénario où le bilan serait ramené à 4.000 milliards de dollars du jour au lendemain".

Eviter toute inflexion vers une hausse des taux dès juin

Sa première difficulté sera de composer avec des données économiques toujours contrastées. Le taux de chômage reste relativement bas, à 4,3%, tandis que l'inflation demeure supérieure à l'objectif de 2% fixé par la Fed, avec un risque de persistance à la hausse. Lors de sa première réunion du comité de politique monétaire en juin, sa priorité pourrait être d'éviter toute évolution du discours en faveur d'une hausse des taux.

Dans ses interventions récentes, Kevin Warsh a avancé plusieurs arguments justifiant une possible baisse des taux malgré ce contexte, évoquant notamment les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle (IA), une éventuelle réduction du bilan de la Fed, ou encore des mesures alternatives de l'inflation montrant une hausse des prix plus modérée. Mais ces hypothèses devront encore être validées par des travaux économiques solides et faire l'objet d'un consensus au sein de l'institution, où plusieurs voix expriment déjà des réserves.