Le gouvernement cubain, confronté à un manque cruel de devises, a instauré jeudi un nouveau régime de change intégrant un taux flottant pour tenter de récupérer les dollars qui circulent sur le marché informel.
En 2021, une réforme monétaire et l'autorisation des petites et moyennes entreprises privées ont favorisé l'émergence d'un marché parallèle en raison de la pénurie de devises dans le pays. Le peso cubain s'est alors fortement déprécié et l'inflation a atteint des niveaux jamais vus auparavant.
Ce nouveau taux de change flottant, déterminé par le marché sous la régulation de la banque centrale, vise à ce que "les exportateurs et d'autres acteurs économiques vendent des devises au système bancaire d'Etat", a indiqué l'institution monétaire.
Selon cette nouvelle cotation, un dollar s'échangeait jeudi contre 410 pesos, soit 30 pesos de moins que sur le marché parallèle, que les autorités cherchent à neutraliser.
Ce nouveau régime de change s'inscrit dans un programme gouvernemental visant à "corriger les distorsions et à stimuler l'économie", afin d'atteindre progressivement un taux de change unique, dans un pays qui compte deux autres taux officiels fixes.
Après l'échec de la réforme monétaire de 2021, le gouvernement avait en effet tenté d'atténuer l'impact de la chute du peso en fixant deux taux officiels: 24 pesos pour un dollar pour les entreprises et 120 pesos pour un dollar pour les particuliers.
Le Premier ministre Manuel Marrero a défendu jeudi devant le Parlement le maintien de ces cotations fixes afin d'éviter "des dévaluations brutales" et "la détérioration de la valeur de la monnaie nationale et du pouvoir d'achat" de la population.
Devant les députés réunis en visioconférence et non en présentiel en raison des pénuries de carburant, M. Marrero a reconnu que le manque de devises restait un problème majeur.
En 2025, le gouvernement a d'ailleurs étendu son programme de dollarisation partielle de l'économie afin d'accroître ses revenus en devises. Il a récemment autorisé la circulation du dollar dans le secteur privé, jusqu'alors limitée aux magasins d'Etat et à la vente de carburant.
Selon le Premier ministre, fin novembre, l'inflation s'est établie à 14,95% en rythme annuel.
Devant le Parlement, ni le Premier ministre, ni le ministre de l'Economie, Joaquin Alonso, n'ont fourni de prévision pour l'évolution en 2025 du PIB cubain, qui a chuté de 11% au cours des cinq dernières années.
Cuba, qui compte 9,6 millions d'habitants, est secouée depuis plusieurs années par une grave crise économique, sous les effets conjugués du durcissement des sanctions américaines, de la faible productivité de son économie planifiée, de la chute du tourisme et de l'échec de sa réforme monétaire.
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