Wall Street achève la séance en franc repli, ce mardi. Avec les tensions géopolitiques internationales et les frictions intérieures, le S&P 500 recule de -0,19% à 6.963 pts après avoir échoué au contact des 7.000 pts. Le Dow Jones abandonne -0,8%, revenant à 49.191 pts. Le Nasdaq fléchit de -0,10% à 23.709 pts. Pourtant, les opérateurs ont aujourd'hui pris connaissance de résultats bancaires plutôt solides de JPMorgan et Bank of New York, ainsi que de chiffres réconfortants de l'inflation.
Sur le front géopolitique, l'Iran inquiète désormais les marchés. Trump a déclaré que les Etats-Unis étudiaient différentes options, alors que les manifestations nationales se poursuivent depuis trois semaines. Alors que la "révolution iranienne" semble affaiblir le pouvoir en place, le président américain a déclaré hier sur son réseau Truth Social que tout pays commerçant avec Téhéran se verrait appliquer des droits de douane de 25% sur ses échanges avec les Etats-Unis.
L'administration américaine affiche ainsi son soutien suite aux manifestations antigouvernementales. Reuters note que l'Iran, membre de l'OPEP, a exporté des produits pétroliers vers 147 partenaires commerciaux en 2022... "À compter de ce jour, tout pays commerçant avec la République islamique d'Iran sera soumis à un droit de douane de 25% sur l'ensemble de ses échanges commerciaux avec les Etats-Unis d'Amérique. Cette décision est définitive et sans appel. Nous vous remercions de votre attention", a donc lancé hier le dirigeant américain... "Patriotes iraniens, continuez de protester - reprenez le contrôle de vos institutions ! N'oubliez pas de mentionner les noms des assassins et des bourreaux. Ils paieront cher. J'ai annulé toutes mes rencontres avec les responsables iraniens jusqu'à ce que les massacres insensés de manifestants cessent. L'aide est en route. MIGA !", a aussi asséné Trump aujourd'hui sur Truth Social.
L'indice américain des prix à la consommation du mois de décembre 2025 n'a pas surpris ce mardi. L'IPC s'affiche en hausse de +0,3% d'un mois sur l'autre et de +2,7% sur un an, en ligne ou presque avec le consensus des économistes de la place. Hors alimentation et énergie, l'indice des prix rassure en n'augmentant que de +0,2% d'un mois sur l'autre et +2,6% sur un an, contre respectivement +0,3% et +2,7% de consensus.
Les ventes de logements neufs aux Etats-Unis pour le mois d'octobre 2025 se sont établies au nombre de 737.000, contre un consensus de marché de 714.000 et une lecture de 738.000 en septembre. Annoncée avec retard, la lecture de septembre est également supérieure au consensus, qui se situait à 710.000, mais les ventes d'août ont été révisées à 711.000.
La politique économique intérieure est également très suivie des marchés. Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a révélé dimanche que le ministère américain de la Justice avait notifié à la banque centrale des citations à comparaître devant un grand jury, menaçant de poursuites pénales en lien avec son témoignage devant le Sénat américain à propos des rénovations du siège de la banque centrale. Powell a laissé entendre que cette action était moins liée à son témoignage qu'à un désaccord sur les taux d'intérêt. Il a souligné qu'il s'agissait d'une action sans précédent qui devait être replacée dans le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par l'administration. "Il s'agit de savoir si la Fed sera en mesure de continuer à fixer les taux d'intérêt en fonction des données probantes et de la conjoncture économique, ou si, au contraire, la politique monétaire sera dictée par des pressions politiques ou des intimidations", a ajouté le dirigeant, sortant ainsi de sa réserve habituelle. Le président de la Fed a défendu par ailleurs son bilan, soulignant qu'il avait travaillé à la Fed sous des administrations démocrates et républicaines et qu'il avait toujours fondé ses décisions exclusivement sur le double objectif de la banque centrale, à savoir le plein emploi et la stabilité des prix.
Ces assignations à comparaître du ministère de la Justice marquent une escalade significative dans le bras de fer qui oppose depuis un an l'administration et la Fed de Powell. Ces dernières attaques visant Jerome Powell ont suscité l'émoi parmi ses pairs. Ainsi, plusieurs anciens dirigeants de la Réserve fédérale, secrétaires au Trésor et économistes ont réagi, suite aux menaces de poursuites pénales proférées par le ministère de la Justice. L'enquête pénale annoncée constitue "une tentative sans précédent d'instrumentaliser les poursuites judiciaires pour saper l'indépendance de la banque centrale", selon un communiqué signé par les anciens présidents de la Fed, Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan, ainsi que par 4 anciens secrétaires au Trésor ayant servi sous des présidents républicains et démocrates. "Voilà comment la politique monétaire est élaborée dans les pays émergents aux institutions fragiles, avec des conséquences très négatives sur l'inflation et, plus largement, sur le fonctionnement de leurs économies", selon ce même communiqué. "Cela n'a pas sa place aux États-Unis, dont la plus grande force réside dans l'État de droit, fondement de notre réussite économique", ont ajouté les signataires.
Janet Yellen a déclaré à CNBC que l'enquête compromettait l'indépendance de la banque centrale et que, selon elle, les marchés financiers devraient être davantage préoccupés par une situation qu'elle a qualifiée d'extrêmement inquiétante. Wall Street avait réagi initialement en baisse, hier, sur ces attaques, mais a finalement clôturé sur un niveau record, le S&P 500 se rapprochant même des 7.000 points.
Le nom du successeur de Jerome Powell à la tête de la Fed pourrait bien être dévoilé dans les prochains jours par Donald Trump. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, qui s'exprimait la semaine dernière devant l'Economic Club du Minnesota, a laissé entendre que Trump devrait annoncer sa décision d'ici quelques jours -en tout état de cause en janvier- concernant la succession de Powell. Ainsi, la décision serait révélée avant ou après le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, programmé du 19 au 23 janvier.
Demain, les marchés suivront l'indice des prix à la production de décembre, la balance des comptes courants, les reventes de logements existants, les stocks des entreprises, le rapport hebdomadaire sur les stocks pétroliers domestiques, ainsi que le Livre Beige économique de la Fed. Anna Paulson, Stephen Miran, Raphael Bostic, Neel Kashkari et John Williams de la Fed, interviendront dans la journée.
Dans l'actualité des entreprises à Wall Street, JP Morgan Chase, The Bank of New York Mellon, Delta Air Lines et Concentrix ont publié leurs comptes ce jour. Bank of America, Wells Fargo et Citigroup annoncent demain.
Les pétroles remontent encore, ce mardi... Le baril de brut WTI, la référence américaine, gagne +1,77% à 60,99$. Le Brent de mer du Nord reprend +1,68% à 65,38$.
Du côté des devises, le dollar reprend +0,20% face à l'euro. Le billet vert s'échange 0,8586 euro.
L'once d'or continue de briller, mais se tasse légèrement. Le métal jaune redonne -0,21% à 4.588$, non sans un nouveau record à 4.633,86$.
Le Bitcoin se reprend de +3,31% à 94.187$.
Les valeurs
* Cardinal Health (+2,83% à 208,60$). Le groupe américain de services de santé et distribution de médicaments a annoncé un relèvement de ses prévisions financières. Le groupe dope donc ses prévisions de bénéfice par action ajusté dilué pour l'exercice 2026 à au moins 10$, contre une fourchette précédente de 9,65 à 9,85$. Le groupe prévoit que son chiffre d'affaires dans le secteur des médicaments spécialisés dépassera les 50 Mds$ au cours de l'exercice 2026, soit un taux de croissance annuel composé de 16% sur trois ans. "Cardinal" confirme la réussite de la transition de ses accords de distribution avec les fabricants pour tous les produits pharmaceutiques de marque concernés par le programme de négociation des prix des médicaments de Medicare de 2026. Le groupe évoque aussi le lancement de "ContinuCare Pathway" : La division Solutions à domicile de la société, qui propose des solutions directement aux patients, a lancé le programme innovant ContinuCare Pathway qui "tire parti de l'ensemble du portefeuille de Cardinal Health pour simplifier la gestion des approvisionnements en produits pour le diabète pour les pharmacies partenaires et les patients".
* Bank of New York Mellon (+1,88% à 122,93$). L'établissement bancaire new-yorkais a annoncé, ce mardi, pour son 4e trimestre fiscal un bénéfice ajusté par action de 2,08$ pour des revenus totalisant 5,2 Mds$, en hausse de 7% en glissement annuel. Le consensus des analystes était de 1,98$ de bénéfice ajusté par action pour 5,15 Mds$ de revenus. Le bénéfice dilué consolidé par action a augmenté de 31% à 2,02$. Sur l'exercice, le bénéfice par action publié a été de 7,40$ et le bpa ajusté de 7,50$. Les revenus annuels ont représenté 20,1 Mds$ contre 18,6 Mds$ sur l'exercice antérieur.
"2025 a été une nouvelle année fructueuse pour BNY. Nous avons réalisé un bénéfice net record de 5,3 Mds$ pour un chiffre d'affaires record de 20,1 Mds$, et généré un rendement des capitaux investis (ROTE) de 26%. Forts de huit trimestres consécutifs de levier opérationnel positif, nous avons progressé de 28% sur un an en termes de bénéfice par action et redistribué 5 Mds$ de capital à nos actionnaires. Il y a trois ans, nous avons entrepris une transformation pluriannuelle de BNY. Il y a deux ans, nous avons communiqué notre feuille de route stratégique et un ensemble d'objectifs financiers à moyen terme pour ce que nous considérions comme la première phase - celle de la mise en place des fondations - de ce travail".
* Nvidia (+0,47% à 185,81$). Selon un porte-parole cité par l'agence Reuters, le géant des puces d'IA n'exigerait pas de paiement anticipé pour ses puces H200 livrées en Chine. Le groupe de Jensen Huang a affirmé qu'il "ne demanderait jamais de ses clients qu'ils paient pour des produits qu'ils ne reçoivent pas", réagissant à un article de Reuters du 8 janvier faisant état de conditions exceptionnellement strictes imposées par l'entreprise, exigeant un paiement intégral anticipé de la part de ses clients chinois souhaitant acquérir ses puces d'intelligence artificielle.
Une source a indiqué à Reuters que les conditions générales de Nvidia pour ses clients chinois incluaient déjà des exigences de paiement anticipé, mais que ces derniers étaient parfois autorisés à verser un acompte plutôt que de payer la totalité du prix d'avance. Cependant, concernant les puces H200, l'entreprise se serait montrée particulièrement stricte dans l'application des conditions compte tenu de l'incertitude quant à l'autorisation des livraisons par les autorités réglementaires chinoises, insiste l'agence. Une telle structure de paiement pour le H200 transférerait le risque financier de Nvidia à ses clients, qui doivent engager des capitaux sans certitude que Pékin approuvera les importations de puces ou qu'ils seront en mesure de déployer la technologie comme prévu, analyse Reuters.
* JPMorgan Chase (+0,2% à 25,32$). Le colosse bancaire américain a annoncé pour son 4e trimestre fiscal 2025 un bénéfice net de 13 Mds$ et 4,63$ par action, ainsi qu'un bénéfice net ajusté de 14,7 Mds$ ou 5,23$ par titre. Les revenus publiés se sont établis à 45,8 Mds$, alors que les revenus ajustés ont été de 46,8 Mds$. Le consensus était logé à 4,86$ de bénéfice ajusté trimestriel par action pour 46,2 Mds$ de revenus. Sur l'exercice, l'établissement a réalisé un bénéfice net de 57 Mds$ et 20,02$ par action. Le titre ralentit cependant sur ses sommets, les investisseurs notant les charges liées à l'Apple Card ainsi que le ton comme toujours prudent du CEO.
Jamie Dimon, président-directeur général, a déclaré : "La société a clôturé l'année sur un quatrième trimestre solide, générant un bénéfice net de 14,7 Mds$ hors éléments exceptionnels. Chaque secteur d'activité a affiché de bonnes performances. Dans la CIB (banque commerciale et d'investissement), le chiffre d'affaires a progressé de 10%. Les marchés ont continué de bénéficier de la demande de financement et d'une activité client soutenue, ce qui a permis une hausse de 17% du chiffre d'affaires. Par ailleurs, le chiffre d'affaires des paiements a atteint un niveau record de 5,1 Mds$ grâce à la croissance continue des dépôts et des commissions. Dans la CCB (services bancaires aux particuliers et communautés), le chiffre d'affaires a progressé de 6% et la franchise a continué d'acquérir de nouveaux clients à un rythme soutenu. Cette année, nous avons ouvert 1,7 million de nouveaux comptes courants nets et 10,4 millions de nouveaux comptes de carte de crédit, et nous avons également porté à plus de 3 millions le nombre de ménages bénéficiant de la gestion de patrimoine. Pour l'avenir, nous serions ravis de devenir le nouvel émetteur de l'Apple Card. Enfin, dans la gestion d'actifs, le chiffre d'affaires a progressé de 13% au cours du trimestre pour atteindre un niveau record de 6,5 Mds$. Plus impressionnant encore, les entrées nettes d'actifs clients se sont élevées à 553 Mds$ pour l'année, contribuant à porter les actifs clients à plus de 7.000 Mds$".
Dimon prévient cependant : "Toutefois, comme toujours, nous restons vigilants, et les marchés semblent sous-estimer les risques potentiels, notamment ceux liés à la complexité de la situation géopolitique, au risque d'une inflation persistante et à la hausse des prix des actifs".
* Concentrix (-3,21% à 39,18$). Le partenaire de la transformation des entreprises à l'ère de l'IA a annoncé pour son 4e trimestre fiscal clos fin novembre des revenus de 2,55 Mds$, en croissance de 4,3% en glissement annuel, pour une perte opérationnelle de -1,38 Md$. Le bénéfice opérationnel ajusté a reculé de 7% à 323 M$, soit une marge érodée à 12,7% (14,2% un an plus tôt). La perte nette publiée a atteint -1,48 Md$, tandis que le bénéfice net ajusté a régressé de 12% à 192 M$. Le bpa ajusté a décliné de 10% environ à 2,95$. Le consensus de marché était de 2,91$ de bénéfice ajusté trimestriel par action et 2,54 Mds$ de revenus.
Les perspectives sont prudentes. Le chiffre d'affaires annuel publié devrait se situer entre 10,035 et 10,180 Mds$ en 2026. Ces prévisions impliquent une croissance du chiffre d'affaires à taux de change constant de 1,5 à 3%. Le résultat d'exploitation devrait se situer entre 688 et 738 M$, et le résultat d'exploitation ajusté entre 1,24 et 1,29 Md$. Le bpa ajusté est attendu entre 11,48 et 12,07$. Par ailleurs, la société prévoit de générer un flux de trésorerie disponible ajusté d'environ 630 à 650 M$ pour l'exercice 2026.
* Delta Air Lines (-2,39% à 69,33$). L'action recule, après des revenus un peu courts au 4e trimestre et des prévisions 2026 mitigés. Sur le trimestre clos fin décembre, la compagnie aérienne a réalisé un bénéfice net ajusté de 1,02 Md$ soit un bpa ajusté de 1,55$ contre 1,85$ l'année précédente et 1,53$ de consensus pour un chiffre d'affaires ajusté de 14,61 Mds$, en hausse de +1,2% (14,68 Mds$ attendus). Le coefficient d'occupation a reculé de 2 points à 82%. Sur l'ensemble de l'année 2025, Delta a enregistré des revenus historiques de 58,3 Mds$, conformément aux attentes du marché, avec un free cash-flow de 4,6 Mds$.
"L'année 2026 démarre sur les chapeaux de roue, avec une accélération de la croissance du chiffre d'affaires portée par la demande des consommateurs et des entreprises", a déclaré le DG, Ed Bastian. "Les sources de revenus diversifiées et à forte marge de la compagnie aérienne ont progressé et représentent désormais 60% de son chiffre d'affaires total, reflétant une demande accrue pour ses produits haut de gamme", a ajouté le dirigeant. Sur le nouvel exercice, la direction anticipe un bpa ajusté entre 6,50$ et 7,50$, contre un consensus 'Bloomberg' logé à 7,20$ avec un flux de trésorerie disponible ajusté entre 3 et 4 Mds$, contre une estimation de 3,76 Mds$, et 4,6 Mds$ l'an dernier en raison d'investissements accrus.