Ce vendredi, Donald Trump a continué à souffler le chaud et le froid au Moyen-Orient tout en évoquant des intentions belliqueuses à l'encontre de Cuba. Dans ces courants d'air de communication martiale, les pétroles éternuent et les marchés toussent...
Le Vix, "l'indice de la peur à Wall Street" a bondi de +13,16% à désormais 31,05, terminant pratiquement au plus haut du jour (31,65), pour un rebond global de +18,74% sur la semaine glissante. Dans ce contexte de défiance, le S&P 500 cède -1,67%, revenant à 6.368 pts. Sur la semaine, l'indice décroche de -3,22% (-2,88% la semaine précédente), tombant à un plus bas ce vendredi, à 6356 pts en séance. Le Dow Jones redonne -1,73%, à 45.166 pts. Cette semaine, les valeurs industrielles décrochent de -2,25% (-2,92% la semaine précédente). La glissade du Nasdaq reste soutenue. Le Composite décroche de -2,15% ce vendredi, revenant à 20.948 pts. En glissement hebdomadaire, l'indice se replie de -4,55%, après déjà -3,25% et -2,6% les semaines antérieures.
Donald Trump a repoussé de quelques jours l'échéance pour de potentielles frappes sur l'infrastructure énergétique en Iran, suite à des échanges apparemment positifs. Les marchés continuent d'afficher leur défiance, et sont encore loin d'adhérer à un processus de désescalade. "A la demande du gouvernement iranien, veuillez considérer cette déclaration comme une suspension de dix jours, jusqu'au lundi 6 avril 2026 (...), de la destruction de la centrale énergétique. Les négociations se poursuivent et, malgré les affirmations erronées de certains médias et autres, elles progressent de manière très positive. Je vous remercie de votre attention sur ce sujet", a donc lancé Trump hier soir, après la clôture de Wall Street, sur son réseau Truth Social.
Trump a déclaré que si Téhéran avait demandé un délai de 7 jours, il avait finalement opté pour 10 jours. Pourtant, selon des médiateurs de paix en Iran cités par le Wall Street Journal, le gouvernement n'aurait pas demandé de suspension des frappes sur les sites énergétiques et doit encore délivrer sa réponse sur le plan de 15 points des États-Unis pour mettre un terme à la guerre.
Ce report d'échéance permet cependant de prolonger les négociations et donne aux Etats-Unis l'occasion de déployer des forces supplémentaires dans la région, note Bloomberg. Selon des sources de l'agence proches du dossier, ces forces comprennent déjà des unités expéditionnaires de Marines et des soldats de la 82e division aéroportée de l'armée de terre. Par ailleurs, le Wall Street Journal indique que le Pentagone envisage d'envoyer jusqu'à 10.000 soldats supplémentaires au sol.
Selon l'agence de presse Tasnim citant une source des Gardiens de la révolution, l'Iran serait prêt pour sa part à déployer plus de 1 million de combattants si les Etats-Unis lancent une invasion terrestre. La source de l'agence a averti que l'Iran est prêt à contrer les tentatives américaines de rouvrir le détroit d'Ormuz.
Selon les médias iraniens, les Gardiens de la révolution maintiennent que tout transport maritime à destination et en provenance des ports "des alliés et des soutiens des ennemis israélo-américains" est interdit, quel que soit le corridor emprunté ou la destination. Ainsi, le détroit d'Ormuz reste fermé et tout transit par cette voie navigable provoquerait des "mesures difficiles".
Sur un plan plus économique, les anticipations concernant les taux poursuivent leur bascule et penchent désormais pour un statu quo de la Fed d'ici la fin de l'année (probabilité de 64% selon l'outil CME FedWatch) ou bien un durcissement monétaire d'un quart de point ('proba' 30,1%) ou d'un demi-point (près de 5% de probabilité), compte tenu du risque accru d'inflation. La gouverneure Lisa Cook de la Fed et le vice-président Philip Jefferson ont affiché leur préoccupation, jeudi. Cook a surtout évoqué la résurgence de l'inflation, tandis que Jefferson a également noté les vulnérabilités du crédit privé... Barkin, patron de la Fed de Richmond a enfoncé une porte ouverte, considérant que le risque d'inflation étaient déjà un danger avant la guerre en Iran et pourrait maintenant être plombé par le choc pétrolier.
Sur le front économique, l'indice final du sentiment des consommateurs américains de l'Université du Michigan pour le mois de mars 2026 s'est établi à 53,3, contre 54,2 de consensus FactSet et 55,5 en lecture préliminaire. L'indice des anticipations d'inflation pour l'année à venir, rattaché à ce rapport, ressortait à 3,4% en lecture préliminaire. Il pointe maintenant à 3,8%.
Coup de chaud sur les pétroles
Cette semaine, dans le contexte de fermeture quasi-totale du détroit d'Ormuz imposé par l'Iran, les cours du pétrole se sont une nouvelle fois emballé, terminant la semaine au plus haut... Le baril de brut WTI finit la semaine en forte hausse nettement au-dessus des 100$ le baril. La référence pétrolière américaine, grimpe ce vendredi +7,62% à 100,5$. En glissement hebdomadaire, le but américain s'apprécie encore +13,1% (+2,42% la semaine précédente), au plus haut de la semaine à 101,47$, ce vendredi.
Le baril de Brent de mer du Nord s'ancre désormais très franchement au-dessus des 100$ le baril. Ce vendredi, la référence pétrolière européenne bondit de 8,14% à 114,57$ le baril (109,55$ à la fin de la semaine précédente). Le Brent progresse de 14,05% cette semaine, après déjà +8,51% la semaine précédente.
Sur le marché des devises, le dollar se reprend de +0,31%, ce vendredi et se reprend de +0,89% cette semaine face à la monnaie européenne. Le billet vert s'échange 0,8688 contre l'euro.
L'once d'or poursuit son impressionnante glissade... Le métal jaune décroche de -9,84% sur la semaine (-13,32% la semaine précédente), revenant à 4.507$ alors qu'il était encore franchement au-dessus des 5.000$ l'once il y a 15 jours.
L'once d'argent perd -11,5% sur la semaine, terminant à 69,9$.
Le Bitcoin redonne plus de -6% cette semaine, et décroche même de -4,14% ce vendredi, terminant à 65.982$.
Les valeurs
* Brown-Forman (+5,63% à 27,19$). Le géant américain des boissons alcoolisées, connu pour sa marque Jack Daniel's, a publié la déclaration suivante : "Nous prenons note des rumeurs récentes concernant un possible rapprochement entre Brown-Forman et Pernod Ricard (+7,94% à 64,7 euros). Brown-Forman étudie et évalue régulièrement les opportunités stratégiques et confirme être en discussion avec Pernod Ricard. Si un accord est conclu et sous réserve des approbations habituelles, ce partenariat s'apparenterait à une fusion entre égaux, tirant parti des talents et de l'expertise des deux entreprises et créant de la valeur pour les actionnaires".
Le groupe américain ajoute : "Les synergies issues de ce rapprochement devraient être importantes, donnant naissance à un leader mondial des spiritueux, bénéficiant d'une envergure accrue, d'un portefeuille de marques puissant et d'une présence géographique équilibrée, le tout ancré par deux familles emblématiques. Aucun accord n'a été conclu quant aux modalités d'une éventuelle transaction et rien ne garantit qu'un tel accord sera trouvé. Brown-Forman ne fera aucun autre commentaire tant qu'un accord n'aura pas été conclu".
* Carnival (-4,31% à 24,19$). Le géant de la croisière a publié, pour son 1er trimestre fiscal, un bénéfice ajusté par action de 20 cents en croissance de 50%, pour des revenus record de 6,2 Mds$. Le bénéfice net trimestriel a représenté 258 M$ et le bénéfice net ajusté 275 M$. L'Ebitda ajusté a atteint un record de 1,3 Md$. Les réservations pour 2026 sont en hausse à deux chiffres, renforçant encore la position du groupe. Le groupe anticipe une amélioration opérationnelle de pratiquement 150 M$ du bénéfice net ajusté 2026 en comparaison de la guidance de décembre, compensant partiellement l'impact des récentes évolutions des prix du carburant.
* Intercontinental Exchange (-2,11% à 152,67$). La maison-mère du NYSE, investit 600 M$ de plus dans Polymarket, la plateforme de prévisions de marché. Intercontinental Exchange, l'un des principaux fournisseurs mondiaux de technologies et de données pour les marchés financiers, a annoncé ce vendredi avoir réalisé, dans le cadre de son accord d'investissement précédemment annoncé avec Polymarket, un nouvel investissement direct en numéraire de 600 millions dans le cadre d'une levée de fonds réalisée par Polymarket.
ICE prévoit également d'acquérir jusqu'à 40 M$ de titres Polymarket auprès de certains actionnaires existants. En octobre 2025, ICE avait réalisé un premier investissement direct d'un Md$ dans Polymarket. Grâce à cet investissement supplémentaire et aux acquisitions de titres Polymarket prévues, ICE aura rempli ses obligations au titre de son accord d'investissement avec Polymarket. Les investissements d'ICE dans Polymarket ne devraient pas avoir d'incidence significative sur les résultats financiers d'ICE ni sur ses prévisions de retour sur investissement. Certaines modalités de l'investissement d'ICE dans Polymarket, notamment la valorisation de l'investissement réalisé ce jour, seront divulguées après la finalisation de la levée de fonds de Polymarket.
* SpaceX est incontestablement la vedette du jour à Wall Street. Elon Musk a informé les investisseurs potentiels de l'introduction en bourse de l'entreprise spatiale et d'intelligence artificielle, avec des réunions d'information en avril. Les conseillers s'activent pour finaliser le dossier en vue de ce qui pourrait être la plus importante introduction en bourse de tous les temps. Des réunions d'information préliminaires avec les investisseurs se tiendraient dans les semaines suivant les fêtes de Pâques, ont indiqué des sources de Bloomberg, qui ont requis l'anonymat car l'information n'est pas publique. L'entreprise devrait déposer confidentiellement, dès ce mois-ci, une demande d'introduction en bourse visant à lever jusqu'à 75 Mds$, selon Bloomberg News. La valorisation potentielle serait de 1.750 Mds$ ou plus, soit la 6e plus élevée du S&P 500.
SpaceX a déjà abordé la question de son introduction en bourse avec des investisseurs lors de réunions informelles, mais les prochaines présentations devraient fournir selon Bloomberg davantage de détails étayant sa valorisation. L'IPO serait prévue pour juin, d'après des sources bien informées de l'agence. Les investisseurs potentiels attendent des précisions sur la manière dont la société justifie sa valorisation, notamment après l'acquisition de xAI. Bloomberg note que l'ambition de déployer des centres de données d'IA dans l'espace et une base lunaire nécessiterait des investissements colossaux et des avancées technologiques majeures. Le succès de la troisième génération de la fusée Starship est également un facteur déterminant pour convaincre les investisseurs. Le programme de lancement de fusées et les satellites Starlink de SpaceX génèrent la majeure partie de son chiffre d'affaires, qui devrait avoisiner les 20 Mds$ en 2026, tandis que xAI devrait générer moins d'un Md$, selon Bloomberg Intelligence.
Bloomberg constate par ailleurs que la startup spécialisée dans l'IA, devenue filiale de SpaceX, affiche une dette d'environ 17,5 Mds$, qui devrait être intégralement remboursée, selon des sources proches du dossier.
L'IPO serait record avec une levée potentielle de 75 Mds$, plus du double du montant de la plus importante introduction en bourse jamais réalisée, celle de Saudi Aramco en 2019 - qui avait atteint 29 Mds$. L'introduction en bourse devrait comporter une part importante réservée aux particuliers, Bloomberg évoquant une allocation allant jusqu'à 30% de l'offre à ces investisseurs.
* Toujours dans les potentielles IPO géantes de l'année, notons que selon un article de 'The Information', Anthropic envisage une introduction en bourse dès le quatrième trimestre ! L'opération placerait la startup d'IA en concurrence directe avec SpaceX pour l'une des plus importantes introductions de l'année et pourrait lui donner une longueur d'avance sur OpenAI, qui ambitionne également d'entrer en bourse. The Information souligne toutefois que les plans d'Anthropic pourraient évoluer et que l'intérêt pour les introductions pourrait ralentir si le conflit en Iran s'éternise.