A la clôture des marchés, Wall Street termine en ordre dispersé ce vendredi, au lendemain d'une séance de vif rebond motivé par le regain de crédibilité de la Fed, la consolidation des cours du pétrole et l'accalmie relative sur les dettes souveraines.
Ce vendredi était une 'journée de Quatre Sorcières' avec l'arrivée à échéance de nombreux contrats à terme (options sur indices et sur actions, ainsi que les contrats à terme sur les indices et les actions). Mais finalement, les marchés américains s'en sortent bien... Ce vendredi, le S&P 500 gagne +0,17% à 7.650 pts, soit +0,4% sur la semaine. Le Dow Jones redonne -0,18% à 51.682 pts, mais décroche de -1,41% en glissement hebdomadaire. Le Nasdaq reprend +0,39% à 26.522 pts, et achève une très belle semaine avec un gain de +1,28%.
Après la BCE et la Fed, la Banque du Japon a relevé ce vendredi matin son taux directeur d'un quart de point pour le porter à 1,25%. Une décision largement anticipée par le marché bien que prise à l'issue d'un vote partagé, révélant des divergences au sein du Conseil alors que la BoJ fait face à des risques d'inflation croissants et à des appels inhabituellement explicites de Washington en faveur d'une poursuite de la normalisation de sa politique monétaire. C'est d'ailleurs la première fois que les trois grandes Institutions augmentent leurs coûts d'emprunt au cours d'un même mois.
La banque centrale américaine désormais menée par Kevin Warsh a montré mercredi son indépendance et renforcé ainsi sa crédibilité. La Fed a, comme prévu, relevé ses taux entre 3,75% et 4% sur les 'fed funds' et devrait encore procéder probablement à un tour de vis supplémentaire d'ici la fin de l'année, alors que l'inflation persiste.
La hausse des taux décidée avant-hier a constitué une décision unanime des banquiers centraux américains désormais présidés par Kevin Warsh. Ce dernier a souligné que l'inflation restait trop élevée et que le comité de politique monétaire assurerait la stabilité des prix. La décision monétaire doit contribuer à un retour plus rapide à l'objectif d'inflation des 2%. Warsh a estimé qu'il était difficile de qualifier les conditions financières générales actuelles de restrictives, laissant entendre que la hausse des taux pourrait donc se poursuivre. Il a même qualifié la politique actuelle d'accommodante...
La Fed n'avait pas modifié ses taux depuis la fin de l'année 2025, et il s'agissait alors d'un assouplissement. La dernière hausse des taux remonte quant à elle à 2023. 16 des 18 membres du comité monétaire de la Fed (FOMC) tablent désormais sur un durcissement supplémentaire d'un quart de point au moins d'ici la fin de l'année, tandis que seulement deux membres anticipent une stabilisation sur les niveaux actuels. Selon les prévisions économiques délivrées, le taux des 'fed funds' pourrait se situer entre 4 et 4,25% en fin d'année et rester à ce niveau jusqu'à la fin de l'année prochaine. En outre, l'inflation pourrait ne pas revenir sur les 2% avant 2029. La croissance devrait atteindre pour sa part 2,3% cette année et le taux de chômage devrait ressortir à 4,1% fin 2026.
Du côté des rendements obligataires de la dette souveraine, celui des bons américains du Trésor à 10 ans évolue à 5%, sur ses plus hauts de 19 ans. Le rendement du '30 ans' s'établit à 5,34%.
La production industrielle américaine du mois d'août 2026 est ressortie stable selon la Fed, alors que le consensus FactSet se situait à +0,3%. Un mois avant, la production avait augmenté de 0,2%. La production manufacturière a reculé quant à elle de 0,3%, contre +0,2% de consensus. Le taux d'utilisation des capacités de production est ressorti légèrement inférieur aux attentes à 76,3%.
L'indice des indicateurs avancés américains du Conference Board pour le mois d'août 2026 s'est établi en retrait de 0,1% en comparaison du mois antérieur, contre +0,1% de consensus de place et +0,2% un mois auparavant.
Les Etats-Unis devraient selon Bloomberg reporter l'annonce de nouveaux droits de douane visant la Chine et d'autres partenaires commerciaux à une date postérieure au sommet de la semaine prochaine entre Xi Jinping et Donald Trump. Ce délai permettrait de conserver cette menace comme levier de négociation. L'administration avait initialement prévu de publier, avant la rencontre, un rapport sur les surcapacités présumées recommandant l'application de droits de douane de 7,5% sur les produits chinois, comme l'avait précédemment rapporté Bloomberg. Il reste également à savoir si le taux final des droits de douane différera du niveau envisagé précédemment, lequel ramènerait les droits imposés par Trump sur les produits chinois à environ 20% - taux que Pékin a jugé, par le passé, compatible avec la trêve commerciale.
Un sujet majeur cette semaine concernait par ailleurs la sécurité de l'IA, suite aux commentaires de Dario Amodei, DG d'Anthropic, laboratoire d'intelligence artificielle connu pour son modèle Claude. Dans une tribune publiée samedi, Amodei a appelé les entreprises d'IA à ralentir le rythme de développement des modèles de pointe, soulignant les inquiétudes croissantes quant à une éventuelle utilisation malveillante. Ces déclarations font suite à la révélation, la semaine dernière, par Anthropic, que plusieurs acteurs avaient utilisé ses modèles à des fins diverses, allant du développement d'armes à la fraude. Les commentaires du dirigeant ont reçu des échos favorables de figures phares du secteur, notamment Sam Altman (DG d'OpenAI) et Elon Musk (patron de SpaceX, qui est propriétaire de xAI).
Mark Zuckerberg, patron de Meta, a déclaré que les développeurs d'IA devraient s'en remettre à des évaluateurs de sécurité indépendants pour leurs modèles, plutôt que de ralentir le développement. Amazon a déclaré selon Bloomberg que les modèles d'intelligence artificielle ne devraient être lancés qu'après des tests rigoureux. D'autres personnalités, comme Jensen Huang, fondateur et dirigeant de Nvidia, ont écarté les inquiétudes concernant la sécurité, tandis que Donald Trump a soutenu que les États-Unis ne pouvaient pas se laisser distancer par la Chine dans cette course au développement de l'IA...
Des hackers - fort heureusement sans autre intention que d'empocher une 'prime au bug' - ont utilisé Claude d'Anthropic pour s'introduire chez OpenAI, comme l'explique le Wall Street Journal. Une équipe indépendante de chercheurs en sécurité spécialisée dans la chasse aux bugs a accédé ainsi au système de code interne d'OpenAI, mettant en lumière les risques croissants liés aux cybermenaces automatisées.
Les cours du pétrole soufflent encore un peu ce vendredi. Le baril de brut WTI revient au-dessous des 100$, reculant de -1,11% à 99,73$ (-2,24% sur la semaine). Le Brent de la mer du Nord recule de -0,76% ce vendredi, à 103,3$, pour un repli hebdomadaire de -2,83%.
La consolidation se confirme malgré la reprise des combats entre l'Arabie saoudite et les Houthis du Yémen. Les avancées des Houthis dans l'ouest du Yémen ont renforcé l'influence du groupe sur le détroit de Bab el-Mandeb qui, tout comme celui d'Ormuz, est essentiel à l'Arabie saoudite pour acheminer son pétrole vers les marchés mondiaux. Les investisseurs conservent l'espoir que l'Arabie saoudite puisse bientôt rétablir partiellement le flux via son oléoduc stratégique reliant l'est à l'ouest du pays, endommagé la semaine dernière par des attaques de drones.
Selon Bloomberg News, l'Arabie saoudite cherche à rétablir environ la moitié de la capacité de l'oléoduc d'ici quelques jours, alors que les premières estimations évoquaient un délai de plusieurs semaines pour sa remise en service. Par ailleurs, Riyad a proposé des cargaisons de brut supplémentaires aux raffineurs asiatiques via des transferts de navire à navire au large du port omanais de Sohar, offrant une voie d'exportation alternative... En outre, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé Washington et Téhéran à faire preuve de retenue et à maintenir ouvert le détroit d'Ormuz, tandis que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a mené des consultations avec des responsables chinois et pakistanais, selon divers rapports de médias.
Pour sa part, la marine des Gardiens de la révolution iraniens a annoncé qu'un pétrolier battant pavillon togolais avait été touché alors qu'il tentait ce qu'elle a qualifié de passage illégal par le détroit d'Ormuz.
Enfin, Donald Trump a déclaré au site Axios qu'il était sur le point de prendre une décision majeure quant à une éventuelle reprise d'une action militaire d'envergure contre l'Iran. Il doit rencontrer des dirigeants d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, de Bahreïn, du Koweït et d'Oman la semaine prochaine, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, selon Axios. "tout pourrait arriver avec moi", aurait donc lancé le président américain, que l'on veut bien croire.
Le billet vert remonte un peu cette semaine face à la monnaie européenne et s'échange 0,8707$ contre 1 euro (+0,57%).
L'once d'or termine à 4.380$ ce vendredi (+0,56% cette semaine).
Le Bitcoin bondit de +6,34%, terminant la semaine, à 81.218$.
Les valeurs
* Nvidia (+1,34% à 222,27$). Le DG et fondateur du géant de l'IA, Jensen Huang, a déclaré que les livraisons de puces doubleraient en 2027, portées par l'adoption généralisée de l'IA dans tous les secteurs. Cette guidance est assez cohérente avec les plus récentes prévisions financières des analystes, qui envisagent que le groupe réalise sur l'exercice 2027 des revenus de 411 Mds$ (216 Mds$ un an avant).
* Nucor (-6,32% à 248,38$). Le fabricant d'acier américain spécialisé dans les produits en acier issus de fours à arc électrique à faible teneur en carbone incorporé a annoncé, jeudi soir, ses prévisions pour le 3e trimestre se terminant le 3 octobre 2026. Nucor prévoit que le bénéfice du 3e trimestre se situera dans une fourchette de 5,55$ à 5,65$ par action, contre un consensus FactSet de 6,01$. Pour le 2e trimestre 2026, Nucor avait déclaré un bénéfice net de 5,04$ par action et un bénéfice net ajusté de 4,84$ par titre.
* Salesforce (-2,03% à 237,92$). Le groupe a fourni des perspectives long terme pour ses ventes dépassant les estimations des analystes, signalant aux investisseurs que la société de logiciels peut stimuler la croissance des revenus face à la concurrence des outils d'IA. Le groupe envisage ainsi plus de 63 Mds$ de revenus sur l'exercice 2030.
* Berkshire Hathaway (-0,04% à 763.600$). Ce vendredi, Warren Buffet quitte officiellement la présidence du conseil d'administration de Berkshire, qu'il cède à son fils Howard. Warren Buffet est lui nommé président émérite, avec effet immédiat, et continuera néanmoins de siéger au conseil. Agé de 96 ans, l'Oracle d'Omaha avait déjà cédé la direction générale du conglomérat en décembre dernier, passant la main à Greg Abel, son bras droit de longue date. "Le temps finit toujours par l'emporter. Il s'est toutefois montré généreux à mon égard", écrit Buffet. "Greg dirige l'entreprise ; Howard veillera à sa culture et à ses valeurs - deux éléments qui valent bien plus que tout ce qui figure à notre bilan", écrit-il également.