BCE : que pensent les spécialistes de la décision du jour ?

Les spécialistes sont nombreux à réagir à la dernière décision de politique monétaire de la Banque centrale européenne. David Rees, responsable de la stratégie économique mondiale chez Schroders, indi...

Les spécialistes sont nombreux à réagir à la dernière décision de politique monétaire de la Banque centrale européenne. David Rees, responsable de la stratégie économique mondiale chez Schroders, indique : "le relèvement des taux décidé aujourd'hui était attendu, mais les perspectives pour la suite sont bien plus incertaines. La hausse des prix de l'énergie maintiendra l'inflation globale à un niveau élevé, alors que l'inflation sous-jacente reste pour l'instant maîtrisée. La demande intérieure s'essouffle ; par ailleurs, la hausse des coûts de l'énergie et le durcissement des conditions financières devraient peser sur la croissance de la zone euro, en particulier en 2027. Malgré le ton restrictif du communiqué et des prévisions publiés aujourd'hui, nous estimons que le seuil requis pour un nouveau resserrement monétaire est élevé. Cette mesure s'apparente davantage à une ultime hausse qu'au début d'un cycle prolongé de relèvement des taux ; les marchés ne devraient donc pas tabler sur une progression vers les 3%, à moins d'une réaccélération significative de la croissance et de l'inflation".

Olivier Dubs, Gérant senior chez JP Morgan Private Bank, déclare : "une nouvelle hausse des taux directeurs avant la fin de l'année n'est plus un scénario improbable. Dans le contexte de la récente hausse des taux liée à l'évolution des prix du pétrole et du gaz après la dernière escalade du conflit au Moyen-Orient, le marché obligataire est en repli, et les anticipations d'un nouveau resserrement de la politique monétaire des banques centrales se sont affermies. La BCE a agi comme prévu en remontant son taux de dépôt de 25 points de base, mais c'est ce qui a accompagné cette décision qui compte davantage. En laissant la porte ouverte à un resserrement supplémentaire, la BCE a clairement indiqué qu'un risque inflationniste alimenté par l'énergie reste très présent. Une hausse de taux directeurs additionnelle n'est d'ailleurs pas un plafond. La probabilité d'une nouvelle hausse de taux directeurs avant la fin de l'année a donc augmenté, et la trajectoire à partir d'ici dépendra fortement de l'évolution du contexte géopolitique".

Pour Felix Feather, économiste chez Aberdeen, "la décision de la BCE de relever ses taux d'intérêt de 25 points de base, à 2,5%, était largement attendue. Au-delà de cette mesure en soi, il est important de noter que la BCE a profité de cette réunion pour reconnaître que l'économie est plus solide et que les perspectives d'inflation sont plus tenaces qu'elle ne l'avait prévu il y a encore quelques mois. Les prévisions actualisées sont révélatrices. La zone euro s'est montrée remarquablement résiliente malgré la hausse des prix de l'énergie et les incertitudes géopolitiques, ce qui a conduit les décideurs politiques à revoir à la hausse leurs prévisions de croissance. Parallèlement, les prévisions d'inflation ont également été revues à la hausse, reflétant les coûts élevés de l'énergie et les craintes que l'inflation ne reste au-dessus de l'objectif pendant plus longtemps. Dans l'ensemble, la décision d'aujourd'hui indique que le Conseil des gouverneurs est de moins en moins convaincu que 2,5% soit nécessairement le point d'arrivée de ce cycle. Plutôt que de signaler la fin du resserrement monétaire, la formulation du résumé de la décision laisse la porte ouverte à de nouvelles hausses des taux si les pressions inflationnistes ne s'atténuent pas. Nous prévoyons que la BCE procédera à une nouvelle hausse lors de sa réunion de décembre".

Lale Akoner, analyste de marchés chez etoro, explique que "l'Europe est devenue, presque par accident, le " faucon " du G7 en matière de politique monétaire. La BCE a été la première à relever ses taux dans ce nouveau cycle de resserrement monétaire, car la zone euro a mieux résisté que prévu au choc énergétique, laissant ainsi aux responsables monétaires davantage de marge pour se concentrer sur l'inflation. La hausse des taux annoncée aujourd'hui, qui porte le taux directeur à 2,5%, constitue en quelque sorte une assurance contre le risque que la hausse des prix du pétrole et du gaz ne se propage aux salaires et aux services. Toutefois, si des taux plus élevés peuvent limiter la propagation du choc énergétique à l'ensemble de l'économie, ils ne peuvent pas en traiter la cause profonde. La BCE risque de confondre résilience et immunité et de faire payer deux fois les ménages européens : d'abord à travers des factures énergétiques plus élevées, puis par des crédits immobiliers et des emprunts plus coûteux. Nous pensons qu'une nouvelle hausse des taux en décembre est plausible, mais les anticipations du marché, qui table sur quatre hausses, semblent aller plus vite que ne le justifient les données actuelles. L'Europe ne connaît pas encore de véritable spirale salaires-prix, tandis que les effets complets du resserrement monétaire intervenu cette année ne se sont pas encore pleinement répercutés sur les ménages et les entreprises".