Pas de panique. Les autorités de surveillance bancaire européennes effectuent des contrôles supplémentaires concernant les risques liés aux portefeuilles d'obligations souveraines des banques se chiffrant en milliers de milliards d'euros, selon le patron de l'un des principaux organismes de surveillance de la région. Alors que les rendements de certaines obligations européennes de référence atteignent des sommets pluriannuels, François-Louis Michaud, président de l'Autorité bancaire européenne (ABE), a déclaré que les portefeuilles de dette publique des banques nécessitaient une surveillance renforcée. "C'est ce que font les autorités de contrôle", a-t-il affirmé à 'Bloomberg' lors d'un entretien au siège de l'ABE à Paris.
Le responsable a ajouté que les expositions semblaient pour l'instant "maîtrisées", l'impact de la hausse des revenus nets d'intérêts générés par les obligations "compensant largement" l'effet de la baisse des prix des obligations sur la valeur économique des fonds propres des banques. "Nous ne voyons pas les banques pâtir de la situation actuelle pour le moment, et nous sommes convaincus que les autorités de contrôle prennent les mesures nécessaires à cet égard", a-t-il déclaré.
À la fin de l'année dernière, les banques européennes détenaient plus de 4.000 milliards d'euros) d'obligations souveraines, soit environ 13% de leurs actifs, selon le dernier tableau de bord des risques de l'ABE. Elles peuvent détenir de la dette souveraine de pays de l'Union européenne sans exigence de fonds propres en contrepartie ; toutefois, le train de mesures de l'UE sur la compétitivité bancaire propose d'imposer des charges pour les expositions concentrées, afin de réduire le risque que les banques ne soient entraînées dans la chute de leur État souverain.
M.Michaud a souligné que les règles actuelles en matière de fonds propres ne signifiaient pas que les banques pouvaient ignorer les risques liés aux obligations souveraines. "Le traitement technique est une chose", a-t-il affirmé, ajoutant : "la manière dont vous gérez l'ensemble de votre bilan en est une autre... Il existe donc, bien entendu, des échanges entre les autorités de contrôle et les banques sur l'ampleur de leur exposition aux rendements des obligations souveraines ainsi que sur la façon dont elles gèrent et couvrent ce risque ; par ailleurs, il existe des outils d'intervention qui peuvent être utilisés", a précisé M.Michaud. Le responsable, qui a pris la présidence de l'ABE mi-avril après avoir occupé le poste de directeur exécutif pendant six ans, n'a pas souhaité donner plus de détails sur ces outils.
M.Michaud a indiqué que l'impact potentiel sur les banques européennes d'un éventuel krach lié à l'intelligence artificielle semblait également "limité". "Il s'agit d'une composante de l'exposition au secteur des TIC ; or, l'exposition globale des banques de l'UE à ce secteur est de 4%, ce qui est plutôt rassurant", a-t-il souligné. Il a toutefois précisé que le sujet faisait l'objet d'une "grande attention" de la part du conseil des autorités nationales de contrôle de l'ABE. "Après la compétitivité, c'est probablement le deuxième sujet le plus débattu actuellement au sein de nos groupes", a-t-il ajouté.