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Pologne et Allemagne signent un accord de défense aux ambitions limitées

Après la signature de traités de défense avec la France et le Royaume-Uni, Varsovie doit parapher mercredi après-midi avec Berlin un accord de sécurité aux ambitions réduites du fait des réticences historiques de la droite polonaise et du risque de veto présidentiel.

L'accord doit être signé à Varsovie mercredi après-midi par les ministres de la Défense des deux pays, à l'occasion du 35e anniversaire du traité de bon voisinage de 1991.

Le 35e anniversaire de ce traité a aussi donné l'occasion, mercredi à Berlin, à une rencontre des deux chefs de la diplomatie, Johann Wadephul et Radoslaw Sikorski.

"Conscients de l'histoire tragique du XXe siècle, nous portons une responsabilité particulière à l'égard de notre région et de notre continent ? en tant qu'alliés au sein de l'Otan et partenaires dans l'Union européenne", ont souligné les deux ministres dans une déclaration commune.

MM. Wadephul et Sikorski ont dénoncé notamment "les actions agressives de la Russie, notamment de nature hybride et dans le domaine de la désinformation" dont le but est de "diviser nos sociétés, de détruire l'ordre public et de saper la confiance dans l'État et ses institutions".

Selon le ministre allemand, "l'Allemagne et la Pologne forment (désormais) ensemble l'épine dorsale de la défense européenne et de la dissuasion de l'Otan face à la menace russe".

Varsovie et Berlin ont évoqué des projets de développement d'infrastructures ferroviaires, d'échanges culturels et la restitution d'objets historiques spoliés à la Pologne par l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.

M. Sikorski a rappelé à l'Allemagne sa "responsabilité historique" à l'égard des dernières victimes de crimes nazis, toujours en vie.

"La République fédérale d'Allemagne devrait relever ce défi de manière sérieuse et rapide", a-t-il insisté.

- Accord limité -

Les accords bilatéraux de défense se multiplient en Europe depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022 et surtout dans un contexte d'incertitude sur l'avenir de l'engagement militaire américain.

Frontalière de l'Ukraine, de la Russie (enclave de Kaliningrad) et du Bélarus allié de Moscou, la Pologne a récemment signé deux importants traités avec les deux puissances nucléaires du continent: la France en mai 2025, et le Royaume?Uni en mai 2026.

Selon le ministère polonais de la Défense, l'accord avec Berlin va mettre à jour un accord-cadre signé en 2011 et couvre principalement la mobilité militaire, le développement d'infrastructures logistiques, la coopération en mer Baltique, la cybersécurité et l'espace.

Il ne comporte toutefois aucune clause supplémentaire de garanties mutuelles, celles-ci restant limitées aux engagements existants de l'Otan (article 5) et de l'UE.

En présentant un texte plus contraignant, le gouvernement pro-européen de Donald Tusk se serait heurté à l'opposition nationale-conservatrice du parti Droit et Justice (PiS) et aurait risqué la censure du président nationaliste Karol Nawrocki.

"Nous connaissons tous l'obsession du PiS et du président pour tout ce qui touche à l'Allemagne, donc bien sûr qu'il opposerait son veto", a récemment déclaré M. Sikorski.

Le traité signé avec Londres n'a d'ailleurs toujours pas été ratifié par le chef de l'État.

L'accord prévoit une intensification de la coordination entre Varsovie et Berlin, y compris dans le cadre de l'Otan. Dès juillet, des soldats allemands doivent aider la Pologne à renforcer sa frontière avec Kaliningrad dans le cadre du projet "Bouclier de l'Est".

En mer, cette coopération est tout aussi cruciale pour protéger les infrastructures sous-marines essentielles et surveiller la "flotte fantôme" russe, souligne Piotr Szymanski, du Centre d'études orientales, auprès de l'AFP.

La Pologne participe par ailleurs à plusieurs formats régionaux incluant l'Allemagne, dont le Triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne), récemment élargi au format "Weimar+" avec l'Ukraine et le Royaume-Uni.

En vue du prochain sommet de l'Otan à Ankara, en juillet, les Européens entendent afficher une position unie, la question centrale étant l'avenir de la présence américaine sur le continent.

Une réduction des capacités américaines impliquerait un rôle accru pour la Pologne et l'Allemagne, rappelle le vice-ministre polonais de la Défense, Pawel Zalewski.

© 2026 AFP

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