La valeur du jour à Paris - SUEZ : Amber sonne le réveil

(AOF) - Suez progresse de 0,27% à 13,06 euros, les investisseurs ne réagissent guère à l'offensive du fonds activiste Amber Capital. Pourtant, la charge est lourde et les promesses du fonds, alléchant...


(AOF) - Suez progresse de 0,27% à 13,06 euros, les investisseurs ne réagissent guère à l'offensive du fonds activiste Amber Capital. Pourtant, la charge est lourde et les promesses du fonds, alléchantes. Le numéro un mondial des services à l'environnement a rapidement réagi, assurant qu'une revue stratégique était à l'étude. Elle sera présentée à l'automne. Dans une lettre adressée aux membres du conseil de Suez, Amber, qui détient 1,9% du capital, n'y va pas par quatre chemins. Il est impératif, selon lui, de réveiller "une belle endormie".

Le fonds dresse en effet un bilan sans concession des performances boursières et opérationnelles de Suez.

En premier lieu, Amber pointe "l'indéniable" sous-performance du titre. Il a, selon ses calculs, sous-performé son principal concurrent, Veolia, de 149% sur les six dernières années.

De plus, en raison d'une allocation de capital jugé discutable, Suez n'a pas réussi sur les dix dernières années à faire croître son ratio Ebit/action, ou son dividende par action, tandis que son bénéfice par action chutait de 57%.

Aussi estime Amber, Suez a besoin d'une remise à plat de sa stratégie. Après des années de gestion passive de son portefeuille, le groupe devrait s'engager dans une revue complète de son portefeuille, se séparer d'actifs matures, et utiliser les produits de cession pour réinvestir, se désendetter et effectuer des rachats d'actions.

Le fonds s'attaque enfin à la gouvernance. Il recommande de réduire la taille de son conseil d’administration à entre 12 et 14 membres, soit la moyenne du secteur, contre 19 aujourd'hui. Ce régime créerait les conditions d'une gouvernance plus agile et efficace, assure Amber. Ce dernier tape aussi au portefeuille du directeur général, dont la rémunération variable est liée au chiffre d'affaires. Pour le fonds, intégrer la rentabilité des capitaux investis (ROCE) et le résultat net par action favorisait un réel alignement d'intérêts avec les actionnaires.

Amber estime que ce plan pourrait permettre à la nouvelle direction de Suez de générer une augmentation du ROCE comprise entre 150 et 300 points de base par rapport au ratio actuel qu'il évalue à 6,2%.









AOF - EN SAVOIR PLUS



Les points forts de la valeur

- Numéro deux mondial des services à l’environnement, deuxième dans l’eau et quatrième dans les déchets ;
- Trois  grands moteurs de croissance : l’urbanisation, la gestion de la rareté des ressources, le renforcement des réglementations ; 

- Métiers (et contrats) de long terme assurant une bonne visibilité et forte barrière à l’entrée en raison de l’intensité capitalistique ;

- Stratégie de long terme visant à la consolidation des positions en Europe, développer les places fortes en Chine, Australie et aux Etats-Unis puis à saisir les opportunités dans l’eau industrielle au Brésil, Chine, Proche-Orient et Inde ;
- Stricte discipline financière, renforcée au printemps 2017 par l’augmentation de capital pour financer l’achat de GE Water et, début 2018, par le règlement du litige avec l’Argentine ;
- Visibilité sur le dividende 2018, au moins égal à celui de l’an passé.
 


Les points faibles de la valeur

- Agressivité de la concurrence, notamment espagnole et coréenne et arrivée de nouveaux opérateurs –équipementiers industriels ou conglomérats asiatiques ;
- En Europe, pressions tarifaires des autorités publiques et difficultés budgétaires des collectivités locales ;
- En Europe, activité eau impactée par le recul des volumes et par la faible indexation des prix, notamment lors des renouvellements de contrats (1/10ème du portefeuille chaque année ) ;
- Impact négatif de la force de l'euro contre la livre sterling, le dollar australien et le peso chilien ;
- Dette relevée par le rachat de GE Water ;
- Rémunération des actionnaires estimée insuffisante par les investisseurs, par ailleurs défiants après une fin d’exercice 2017 décevante.


Comment suivre la valeur

- Activités fortement consommatrices de capitaux : secteur présentant traditionnellement un niveau d’endettement élevé et donc une sensibilité aux taux d’intérêt ;
- Feuille de route développement durable 2017-2021 avec 4 priorités  : être une entreprise collaborative, être leader de l’économie circulaire et bas-carbone, accompagner les clients avec des solutions concrètes et contribuer au bien commun ;
- Réalisation des ambitions de Water Technologies & Solutions, nouvelle branche née de l’intégration de GE Water : 3 Mds€ de chiffre d’affaires d’ici 2020 ;
- En France, impact du plan de relance des investissements de lutte contre les fuites d'eau (le réseau français est vieux de 150 ans) et, en Chine, 1er marché mondial du traitement des déchets toxiques, poursuite des gains de parts de marché;
- Programme d’économies de coûts de 200 M€ entre 2018 et 2020 ;
- Rumeurs persistantes autour du capital où Engie (33,6 % des titres) pourrait ramener sa position vers les 20 %, après l’entrée de l’espagnol Caixa Group (5,7 %). 

Services aux collectivités

La valeur boursière des grands utilities européens a fondu sur les dix dernières années. La capitalisation d'Engie (ex-GDF Suez) est tombée autour de 34 milliards après un plus haut de 98 milliards en 2008. Quant à EDF, sa valorisation avoisine les 40 milliards d'euros, contre un point haut à 155 milliards en 2007. Plusieurs facteurs pénalisent les valorisations : d'abord l'intervention des pouvoirs publics, qui n'est pas un gage de stabilité pour les investisseurs car les politiques peuvent varier. De plus, les décisions gouvernementales sont différentes d'un pays à l'autre : si la Pologne subventionne ses centrales à charbon, l'Allemagne au contraire va accompagner à hauteur de 40 milliards d'euros les collectivités et les acteurs pour une sortie progressive du charbon d'ici à 2038. Toutefois les énergéticiens positionnés sur les énergies renouvelables s'en tirent bien. C'est le cas de l'espagnol Iberdrola ou de l'italien Enel.

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