Fed : en choeur, les banquiers centraux annoncent des hausses de taux

Le message est désormais très clair ! De nombreux responsables de la Réserve fédérale américaine sont montés au créneau cette semaine pour sonner l'heure de la remontée des taux directeurs de la banqu...

Le message est désormais très clair ! De nombreux responsables de la Réserve fédérale américaine sont montés au créneau cette semaine pour sonner l'heure de la remontée des taux directeurs de la banque centrale, avec un premier tour de vis annoncé dès la réunion des 14 et 15 mars prochain. Auparavant, la réunion des 25 et 26 janvier sera l'occasion pour la Fed de préciser encore sa stratégie face à des marchés financiers rendus très nerveux par la perspective de conditions de crédit durcies.

Cette mobilisation générale des banquiers centraux a coïncidé cette semaine avec l'annonce d'une bouffée d'inflation à 7% en décembre sur un an aux Etats-Unis, au plus haut depuis près de 40 ans ! Quant au taux de chômage, il est tombé à 3,9% en décembre, et de nombreuses entreprises évoquent des pénuries de main d'oeuvre et des tensions sur les salaires, faisant craindre une spirale inflationniste par les salaires.

L'inflation, "menace grave " et "priorité" pour la Fed

Mardi, le président de la Fed Jerome Powell a déclaré devant le Sénat (qui l'auditionnait dans le cadre de sa nomination à un second mandat de 4 ans) que l'inflation plus durable que prévu faisait peser "une menace grave" sur la reprise du marché américain de l'emploi, ce qui justifie une remontée des taux directeurs. Pour Powell, l'économie américaine, désormais en phase de reprise solide, n'a "plus besoin et ne veut plus" des politiques ultra-accommodantes justifiées par la crise sanitaire du coronavirus. Il a souligné que l'économie se développe à son rythme le plus rapide depuis de nombreuses années et que le marché du travail demeure solide malgré la vague du variant Omicron.

La nouvelle vice-présidente de la Fed Lael Brainard, elle aussi auditionnée par le Sénat, jeudi, a été encore plus claire sur les dangers de l'inflation. Le contrôle de l'inflation est la mission "la plus importante" à laquelle fait face actuellement la Fed, a-t-elle estimé. "L'inflation est trop élevée, et les travailleurs à travers le pays sont préoccupés" par le poids de celle-ci sur leurs salaires. "Notre politique monétaire est centrée sur un retour à l'inflation à 2%, tout en maintenant un rebond économique qui n'exclut personne. C'est notre tâche la plus importante", a ajouté Mme Brainard.

Première hausse des taux attendue le 15 mars

Si Powell et Brainard ne se sont pas prononcés sur le calendrier et le nombre de hausses de taux, d'autres responsables de la Fed ont évoqué trois, voire, 4 et même 5 tours de vis possibles cette année, en commençant en mars. Patrick Harker, le président de la Fed de Philadelphie, a ainsi déclaré qu'il soutiendrait plus de trois hausses cette année si l'inflation augmentait et qu'il serait "très ouvert" à un commencement en mars.

Plusieurs autres membres de la Fed se sont prononcés en faveur d'une première hausse en mars, qui ferait monter le taux des "fed funds" de 0-0,25% à 0,25-0,50%. Parmi eux, Mary Daly, patronne de la Fed de San Francisco, Patrick Harker (Fed de Philadelphie) et Neel Kashkari (Fed de Minneapolis). Ce dernier a indiqué qu'il observait "une inflation très haute actuellement", reconnaissant être étonné de son niveau et de sa persistance.

Entre 3 et 5 tour de vis possibles en 2022 ?

Concernant le nombre de hausses de taux attendues cette année, Patrick Harker, le patron de la Fed de Philadelphie, qui s'exprimait pour la 2e fois de la semaine, a confirmé vendredi qu'il jugeait trois ou quatre hausses des taux des "fed funds" appropriées cette année afin de lutter contre cette inflation...

Charles Evans (Fed de Chicago) bien que considéré comme l'un des membres les plus "colombe" de la Fed, a indiqué jeudi qu'il était d'accord avec une majorité de ses collègues qui veulent relever les taux directeurs trois fois cette année. "La banque centrale consacrera cette année à s'éloigner de sa politique monétaire ultra-accommodante pour tendre vers une politique plus neutre", mais "cela prendra du temps pour modifier notre dispositif" a-t-il ajouté.

Le gouverneur de la Fed Christopher Waller a estimé sur 'Bloomberg Television' que trois hausses de taux était le scénario de base pour 2022, mais que si l'inflation restait trop élevée, il pourrait être nécessaire de procéder à 4, ou même à 5 tours de vis.

Un bilan alourdi à 8.700 milliards de dollars

Depuis le début 2020, face à la pandémie de Covid-19, la Fed a soutenu massivement l'économie américaine, ramenant ses taux directeurs proches de zéro au début 2020, et injectant massivement quelque 4.500 milliards de dollars dans le système financier via des achats d'obligations d'Etat et de créances hypothécaires, au rythme de 120 Mds$ par mois.

Depuis novembre, la Fed a commencé à réduire le montant de ces achats mensuels, qui prendront fin dès le mois de mars prochain. Les Minutes de la Fed publiées le 5 janvier ont montré que la Fed s'apprêtait aussi à commencer à réduire son bilan (qui atteint un record de 8.700 Mds$), dès cette année, alors que lors du précédent cycle de hausse des taux, en 2015, elle avait attendu deux ans avant de procéder à cette réduction.

Pour réduire son bilan, la Fed peut soit cesser de racheter de nouvelles obligations à mesure que les anciennes arrivent à échéance (hypothèse la plus probable), soit se montrer plus agressive en vendant des titres qu'elle détient sur les marchés.

Vers une année boursière 2022 plus volatile ?

La perspective d'un net durcissement de la politique monétaire de la Fed a pesé en ce début 2022 sur les marchés boursiers, en particulier sur les valeurs technologiques, qui ont beaucoup progressé ces deux dernières années pour atteindre des niveaux de valorisation jugés excessifs par de nombreux experts.

Certains stratégistes estiment cependant que la croissance économique solide permettra à la Bourse de continuer de progresser cette année dans un environnement de taux certes un peu moins favorable, mais toujours relativement accommodant du point de vue historique. L'évolution de l'inflation et de la pandémie de coronavirus restent cependant des facteurs de risque cette année, qui devrait être marquée par une volatilité assez élevée en Bourse.

Dans une note publiée le 20 décembre, David Kostin, stratège en chef de Goldman Sachs pour les actions américaines, avait réitéré un objectif de 5.100 points pour l'indice S&P 500 d'ici la fin 2022, ce qui représente une hausse d'environ 9,5% sur la clôture de vendredi soir.