Clôture de Wall Street : la crainte du Covid-19 gâche la fin de semaine

La Bourse américaine a rechuté vendredi, après une envolée de 21% du Dow Jones en trois séances... Les principaux indices ont cependant regagné environ 10% cette semaine, même si vendredi, les inquiét...

La Bourse américaine a rechuté vendredi, après une envolée de 21% du Dow Jones en trois séances... Les principaux indices ont cependant regagné environ 10% cette semaine, même si vendredi, les inquiétudes liées au coronavirus sont revenues en force. Les Etats-Unis sont en effet devenus le pays du monde affichant le plus grand nombre de cas de Covid-19. A Washington, la Chambre des représentants a adopté vendredi le plan de soutien à l'économie de 2.000 milliards de dollars, déjà voté par le Sénat mercredi.

A la clôture, l'indice Dow Jones a cédé 4,06% à 21.636 points, tandis de que l'indice large S&P 500 perd 3,37% à 2.541 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a lâché 3,79% à 7.502 pts. Sur l'ensemble de la semaine, les trois indices ont regagné respectivement 12,8%, 10% et 9%, après des plongeons respectifs de 17,3%, 15% et 12,6% la semaine précédente dans la crainte d'une récession liée au coronavirus

Plus tôt dans la journée, les marchés européens ont aussi corrigé, l'EuroStoxx 50 perdant 4,18%. A Paris, le CAC 40 a aussi abandonné 4,2%, mais affiche un rebond de plus de 7% sur l'ensemble de la semaine.

L'indice Vix de la volatilité, aussi appelé "indice de la peur", et remonté vendredi de 7,4% à 65,5 points, après avoir atteint la semaine passée des niveaux records supérieurs à 85.

Plus de 94.000 cas de Covid-19 aux Etats-Unis

A l'approche du week-end, les investisseurs ont levé le pied après le rebond spectaculaire des derniers jours, s'inquiétant de l'envolée du nombre de cas de coronavirus aux Etats-Unis depuis quelques jours.

Le nombre de malades est ainsi passé d'environ 60.000 mercredi à plus de 97.000 vendredi, dépassant le nombre de cas détectés en Chine (près de 82.000), et l'épidémie n'est encore qu'à ses débuts outre-Atlantique, selon les experts médicaux.

Le Covid-19 a pour l'instant tué moins de personnes aux Etats-Unis (1.478 à la date de vendredi) qu'en Chine (3.296 décès), mais le nombre de morts augmente très vite, selon les statistiques de l'université américaine Johns Hopkins. Dans le monde, le nombre de malades a désormais dépassé les 586.000 et le nombre de décès approche les 27.000, selon cette même source.

500 Mds$ pour les secteurs les plus affectés aux Etats-Unis

Après le krach des deux semaines précédentes, les marchés financiers ont été quelque peu rassurés cette semaine par l'ampleur des engagements pris par la Réserve fédérale et d'autres banque centrales, ainsi que les gouvernements en vue d'amortir autant que possible le choc du coronavirus sur l'économie mondiale.

Vendredi à Washington, la Chambre des représentants a adopté définitivement le vaste plan de soutien de 2.000 milliards de dollars proposé par l'administration Trump pour faire face au coronavirus. Le texte avait déjà été approuvé au Sénat mercredi, et a été envoyé à Donald Trump pour promulgation.

Le plan prévoit notamment 500 milliards de dollars pour soutenir les entreprises industrielles les plus affectées via des prêts ou des subventions. Le secteur du transport aérien, frappé de plein fouet par la crise, bénéficiera de 25 Mds$ de subventions aux compagnies transportant des passagers et 8 Mds$ pour le fret aérien et les prestataires de service en aéroport, dont les services de restauration.

Les aéroports eux-mêmes bénéficieront de 10 Mds$. En outre, les compagnies aériennes devraient avoir accès à 29 Mds$ de crédit. Par ailleurs, 500 Mds$ seront affectés aux aides directes pour les Américains, qui pourront aller jusqu'à 3.000 dollars par foyer sous forme de chèques envoyés à des millions de ménages.

Le G20 se mobilise, Trump et Xi Jiping se téléphonent

Au niveau mondial, les dirigeants des pays membres du G20 ont affirmé jeudi leur détermination à former un front uni contre le coronavirus, parlant de "priorité absolue". Ils vont injecter 5.000 milliards de dollars dans leurs économies pour tenter d'endiguer l'épidémie qui fait planer le spectre d'une récession mondiale. Signe de ce front commun contre l'épidémie, Donald Trump a déclaré s'être entretenu avec son homologue chinois Xi Jinping et avoir discuté "en détail" de la pandémie de coronavirus.

La presse officielle chinoise a rapporté que Xi Jinping a déclaré à son homologue américain que les deux pays, malgré leur rivalité, devaient "s'unir contre l'épidémie" de Covid-19. De son côté Donald Trump (qui a agacé Pékin en qualifiant le coronavirus de "virus chinois") a parlé d'une "très bonne" conversation téléphonique, et a assuré que les deux plus grandes économies mondiales "coopèrent étroitement".

Le moral des consommateurs américains plonge en mars

Aux Etats-Unis, le ralentissement brutal de l'économie, suite aux nombreuses mesures anti-Covid-19, commence à se mesurer dans les statistiques. Publié vendredi, le sentiment des consommateurs américains, mesuré par l'Université du Michigan est tombé en mars à son plus bas niveau depuis trois ans, à 89,1, contre un consensus de place de 90 et un niveau de 100,1 au mois précédent. Il s'agit de sa plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008, lors de la crise des "subprimes".

"Les perspectives de l'économie nationale pour l'année à venir ont changé de manière spectaculaire en mars, la majorité s'attendant maintenant à des temps difficiles sur le plan financier dans tout le pays", peut-on lire dans le rapport.

Jeudi, les chiffres hebdomadaires de l'emploi aux Etats-Unis ont fait état d'une hausse historique du nombre de demandeurs d'emploi lors de la semaine close au 21 mars. Les inscriptions nouvelles au chômage ont atteint le niveau record de 3,283 millions, en hausse de 3 millions par rapport à la semaine antérieure (282.000). Le précédent record hebdomadaire de demandeurs d'emploi remontait à octobre 1982, où il avait été près de 5 fois inférieur, avec 695.000 inscriptions au chômage...

Enfin, en févier, avant la crise du Covid-29, les revenus des ménages américains ont augmenté plus que prévu, de 0,6% sur un mois contre +0,4% attendu. Les dépenses personnelles ont augmenté de 0,2% par rapport au mois précédent, en ligne avec les attentes. Ces chiffres risquent de péricliter en mars, estiment les analystes.

Le dollar vit sa pire semaine depuis 11 ans, le pétrole WTI sous 22$

Sur le marché des changes, le dollar a encore reflué, signant sa pire semaine depuis 2009 avec une perte de 4,3% sur 5 séances. La semaine précédente, le billet vert s'était envolé sous l'effet d'une fuite vers la sécurité de la part d'investisseurs ayant quitté précipitamment les marchés émergents. L'indice du dollar, qui reflète son évolution face à 6 devises de référence (euro, livre sterling, franc suisse, dollar canadien, yen et couronne suédoise) a perdu encore 1% vendredi, à 98,37 points, tandis que l'euro a gagné 1,06% à à 1,1145$.

Les taux se sont détendent très nettement sur les marchés obligataires, le rendement du T-Bond à 10 ans cédant 17 points de base à 0,67%. Les investisseurs ont une nouvelle fois acheté des obligations d'Etat en tant que valeurs-refuge, faisant reculer les taux, qui évoluent en sens inverse des prix.

Les cours du pétrole ont continué de plonger vendredi sur fond de chute de la demande mondiale et de guerre des prix entre l'Arabie saoudite et la Russie. Le cours du brut léger américain WTI a chuté de 4,8% à 21,51$ le baril, après avoir chuté de 7,7% jeudi (contrat à terme de mai sur le Nymex). Le Brent de mer du Nord a abandonné 5,4% à 24,93$. Les deux variétés de pétrole, qui viennent d'enchaîner 5 semaines de baisse d'affilée, ont perdu plus de 60% depuis le début de l'année.

Enfin, l'or a terminé la semaine en léger recul de 1,6% à 1.625$ l'once, mais le métal jaune a regagné 10% de sa valeur en 5 séances grâce à un vif rebond en début de semaine.

VALEURS A SUIVRE

* Carnival (-19,1%) et Norwegian Cruise Line (-23,5%) et Royal Caribbean Cruises (-15%) ont plongé. Les compagnies de croisières ne bénéficieraient finalement pas du plan de soutien mis en place par le gouvernement américain. Selon une information de l'agence Dow Jones, à la suite d'un changement de dernière minute au Sénat, le plan de soutien serait limité aux entreprises basées aux Etats-Unis et ayant une majorité de travailleurs basés dans le pays, ce qui n'est pas le cas des croisiéristes.

* ViacomCBS (-8,5%) a annoncé la suspension de ses prévisions annuelles à cause de la pandémie de coronavirus. Le groupe de médias a néanmoins confirmé son objectif de réaliser 750 millions de dollars de synergies de coûts sur les trois prochaines années à la suite de la fusion entre Viacom et CBS.

* Marathon Oil (-9,3%). Standard & Poors a dégradé la note crédit du groupe pétrolier à 'BBB-', évoquant la faiblesse des conditions du marché et les perspectives 'limitées.

* Tesla (-2,6%) prévoit de réduire d'environ 75% le nombre de salariés présents dans son usine de production de batteries du Nevada en raison du coronavirus, a annoncé jeudi un responsable des autorités locales.

* Morgan Stanley (-4,7%) a reçu l'accord de l'autorité des marchés financiers en Chine pour prendre une participation majoritaire dans sa coentreprise chinoise, ont rapporté plusieurs personnes proches du dossier.

* Lululemon Athletica (-5,9%) a fait état de résultats trimestriels supérieurs aux attentes grâce à la forte demande pendant les fêtes de fin d'année mais le spécialiste des vêtements de sport n'a pas donné de prévisions annuelles en raison du coronavirus.

* U.S. Steel (-5,4%) a dévoilé plusieurs mesures pour faire face à la pandémie de coronavirus qui va entraîner une baisse significative de la demande. L'entreprise, qui a décidé de réduire ses dépenses d'investissement de 125 millions de dollars cette année, à environ 750 M$, a notamment tiré sur une ligne de crédit renouvelable de 800 M$ afin d'augmenter sa trésorerie et de préserver sa flexibilité financière. S&P a par ailleurs abaissé sa note crédit à 'B-'.

* Gamestop (-4,3%) a annoncé que la pandémie avait augmenté la demande pour ses produits de travail à distance et d'apprentissage virtuel mais le climat d'incertitude l'a amené à suspendre ses prévisions pour 2020. Le groupe a dévoilé des résultats supérieurs aux attentes des analystes au quatrième trimestre avec un bpa ajusté de 1,27$ contre 77 cents de consensus. Les ventes nettes ont reculé de 28% à 2,19 Mds$

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