Clôture de Wall Street : en berne, la Fed siffle la fin de la récréation

La Bourse américaine s'est enfoncée dans le rouge vendredi, à l'issue d'une semaine marquée par un changement de ton de la Réserve fédérale, qui envisage désormais de relever ses taux directeurs en 20...

La Bourse américaine s'est enfoncée dans le rouge vendredi, à l'issue d'une semaine marquée par un changement de ton de la Réserve fédérale, qui envisage désormais de relever ses taux directeurs en 2023, voire plus tôt... Ainsi, 7 des 18 membres de la Fed, dont James Bullard, prévoient un premier tour de vis dès 2022... Le dollar a continué de s'apprécier, tandis que le pétrole a rebondi. La volatilité a été accrue par le fait que ce vendredi était une "journée des 4 Sorcières", où les contrats à terme et les options sur les indices et sur les actions, arrivent à échéance simultanément.

A la clôture, l'indice Dow Jones a perdu 1,58% à 33.290 points, tandis que l'indice large S&P 500 a cédé 1,31% à 4.166 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques et biotechs, a reculé de 0,92% à 14.030 pts. Sur la semaine, les trois indices ont reculé respectivement de 3,5%, 1,9% et 0,3% pour le Nasdaq, qui a mieux résisté.

La totalité des 11 indices sectoriels du S&P 500 a reculé vendredi, notamment les financières (-2,4%), l'énergie (-2,9%) et les "utilities" (-2,6%). Les valeurs de croissance ont été moins affectées par la correction, notamment les biens de consommation discrétionnaires (-0,5%) et les technologiques (-0,9%).

James Bullard évoque un possible geste haussier de la Fed dès 2022

Alors que les "futures" pointaient en matinée à une ouverture proche de l'équilibre, des déclarations de James Bullard, patron de la Fed de Saint-Louis, à la chaîne 'CNBC', ont déclenché un vif mouvement baissier... Bullard, connu pour ses positions d'habitude plutôt accommodantes, s'est montré désormais plus "faucon", en estimant que la Fed pourrait relever ses taux dès 2022.

Les nouvelles projections publiées mercredi montrent qu'une majorité de 13 sur 18 membres du comité FMOC s'attendent à des taux plus élevés en 2023, mais 7 d'entre eux, dont Bullard donc, se sont prononcés pour un premier geste dès l'an prochain... Bien plus tôt donc que précédemment estimé par la Fed, qui évoquait 2024... Mais entre-temps, la croissance et l'inflation ont surpris par leur vigueur, à la faveur de la vaccination contre le Covid-19, qui a fait reculer la pandémie.

"C'est une année plus solide que ce à quoi nous nous attendions, avec plus d'inflation que prévu, et je pense qu'il est naturel que nous ayons penché un peu plus du côté des 'faucons' pour contenir les pressions inflationnistes", a ainsi expliqué James Bullard. Il a aussi confirmé que la Fed avait amorcé cette semaine le débat sur la réduction à venir de ses achats d'obligations ("tapering") sur les marchés (120 milliards de dollars par mois actuellement).

Plus tard vendredi soir, Neel Kashkari, président de la Fed de Minneapolis, a cependant pris le contrepied de son collègue, en se disant opposé à toute hausse des taux, au moins jusqu'à la fin 2023, pour permettre au marché de l'emploi de retrouver son niveau d'avant-crise (un taux de chômage de 3,5%)."Tant que les anticipations d'inflation restent dans le clous, soyons patients et travaillons au plein emploi", a-t-il ajouté dans un entretien avec 'Reuters'.

+2% pour le dollar, mais -5% pour l'or depuis mercredi

Les déclarations de James Bullard ont donc entraîné une chute des actions, mais elles ont soutenu le dollar et les taux des bons du trésor américains à court terme, tandis que les taux à long terme se détendaient, aplatissant la courbe des taux. L'indice du dollar (qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises de référence) avançait vendredi soir de 0,42% à 92,27 points, portant son rebond à près de 2% depuis les annonces de la Fed mercredi. Le rendement du T-Bond à 2 ans a gagné 4 points de base à 0,25%, tandis que celui du "10 ans" a reculé de 6 pdb à 1,44%.

Le pétrole a rebondi après ses pertes de la veille. Le baril de pétrole brut WTI a repris 0,8% à 71,64$ (après -1,5% jeudi) sur le Nymex pour le contrat à terme d'août, tandis que le Brent de même échéance a regagné 0,6% à 73,51$ (-1,8% jeudi). Les deux variétés de pétrole ont gagné environ 1% cette semaine, malgré un coup de tabac sur de nombreux matériaux de base, dont le cuivre et le platine.

L'or, qui avait plongé de 4,7% jeudi, a tenté un rebond avant de reprendre sa glissade jusqu'à finir à 1.769,00$ l'once (-0,3%) pour le contrat à terme d'août sur le Comex. Le métal jaune a perdu 5,9% sur la semaine, retombant à son plus bas depuis le 30 avril, plombé par les annonces de la Fed et la vigueur du dollar. L'argent a lui aussi plongé cette semaine, perdant 7,7% en 5 séances, tandis que le cours du cuivre a chuté de 8,5%. La banque d'affaires Goldman Sachs a cependant estimé que cette correction ne remettait pas en cause sa thèse d'un super-cycle haussier des matières premières.

Le bitcoin a poursuivi sa correction, cédant vendredi soir 6% sur 24h, autour de 35.600$ sur la plateforme Bitfinex.

Notons qu'aucune statistique notable n'a été publiée outre-Atlantique ce jour, pas plus d'ailleurs que de publication trimestrielle importante d'entreprise cotée.

Ailleurs dans le monde ce vendredi, l'indice allemand des prix à la production a connu une poussée plus de deux fois supérieure aux attentes en mai, à +1,5% en comparaison du mois antérieur. Les ventes britanniques de détail ont quant à elles surpris en baisse, reculant de 1,4% en mai là où le consensus était positif de +2% par rapport au mois d'avril. Hors automobile et essence, ces ventes régressent de 2,1% contre +2% de consensus FactSet. La balance européenne des comptes courants est ressortie excédentaire de 22,8 milliards de dollars en avril, contre 20 milliards de consensus.

Les applications chinoises dans le collimateur de Washington

Sur le front géopolitique, le récent ordre exécutif sur la protection des données sensibles, signé le 9 juin par le président Joe Biden, pourrait viser bientôt certaines applications chinoises. Selon des sources citées par Reuters, le département du Commerce pourrait sommer les applications de lui communiquer quelles informations personnelles sont collectées via ces applis pour smartphones, tablettes ou ordinateurs de bureau. Les autorités américaines pourraient poser leurs conditions pour que ces applis puissent continuer à être utilisées aux Etats-Unis, et le cas échéant les interdire, selon ces sources.

Dans le même temps, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison blanche a confié que Joe Biden allait chercher à créer des liens et pourrait même rencontrer le président chinois Xi Jinping dans les prochains mois. Le prochain rendez-vous en ligne de mire est le G20 italien d'octobre.

Concernant les projets de plans de relance aux Etats-Unis, Chuck Schumer, le leader de la majorité démocrate au Sénat, qui espère un vote en juillet sur le plan d'infrastructures, rencontre les démocrates modérés pour travailler sur les contours d'un accord bipartisan. Le 'Washington Post' évoque la possibilité d'un accord, mais constate que des obstacles demeurent. Des sénateurs républicains et démocrates ont par ailleurs proposé un crédit fiscal de 25% pour les investissements dans les semi-conducteurs.

VALEURS A SUIVRE

Adobe Systems (+2,58%) a publié jeudi soir les comptes de son deuxième trimestre fiscal, supérieurs aux attentes avec la forte croissance de la demande de logiciels logés dans le cloud. L'action Adobe est logée sur ses records ce jour.

L'Américain, qui édite des logiciels graphiques comme Acrobat, Photoshop, InDesign ou Illustrator ou Flash, a indiqué que son bénéfice net du 2e trimestre fiscal, achevé fin mai, avait atteint 1,12 milliard de dollars (2,32$ par action) contre 1,1 Md$ un an plus tôt. En termes ajustés, le bpa s'élève à 3,03$, bien supérieur aux attentes (2,81$). Les revenus ont totalisé 3,84 Mds$, en hausse de 22,5%. Pour son 3e trimestre fiscal, Adobe prévoit un bpa de 3$ pour des ventes de 3,88 Md$, supérieurs aux attentes de marché.

Smith & Wesson (+17,4%!), le fabricant américain d'armes, a annoncé hier soir de solides résultats trimestriels, ainsi qu'une augmentation de son dividende et un nouveau plan de rachat d'actions. Pour le quatrième trimestre fiscal, le groupe a réalisé un bpa GAAP de 1,7$ et des revenus de 323 millions de dollars. Le bénéfice net a été de 89 millions. Les ventes annuelles atteignent ainsi 1,1 milliard, pour un bénéfice net de 244 M$.

Lennar (+3,7%), le promoteur immobilier américain, a battu le consensus de revenus, livraisons, commandes et backlog. Après un bon second trimestre fiscal, le groupe a réaffirmé sa guidance sur l'exercice 2021 en termes de livraisons, tout en relevant ses estimations concernant les prix de ventes et la marge brute.

Fisker (-3,7%) a annoncé un accord de production de long terme avec Magna, qui commencera par construire les SUV Fisker Ocean en fin d'année prochaine.

Tenet Healthcare (-3,9%) a annoncé la cession de cinq hôpitaux et des opérations liées pour 1,1 milliard de dollars.

eBay (-3,1%) devrait céder une participation de 80% dans son activité sud-coréenne au consortium Shinsegae-Naver pour un montant représentant environ 3,1 milliards de dollars, indique le Financial Times. En outre, le géant américain des enchères en ligne et le Norvégien Adevinta ont obtenu les dernières autorisations nécessaires au rapprochement de leurs opérations dans les petites annonces. eBay recevra 2,5 milliards de dollars en cash et 540 M$ en actions Adevinta.

Fox RG (+0,96%). Le groupe américain de médias et divertissement a annoncé une addition de 2 milliards de dollars à son programme de rachat d'actions. Le groupe entend racheter ces titres sous réserve des conditions de marché et d'autres facteurs, sans limitation de temps.

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